Témoignage et récit d'une ballade de quatre mois au Vietnam

LE TOUR DU TONKIN A PIED EN 2008-2009 PAR GUY PASSELANDE

AFIN DE RENDRE HOMMAGE A DES ANCIENS QUI LE VALENT BIEN

LE GRAND NORD-EST

Et voilà je vous invite à poursuivre le voyage au cœur de ma mémoire et de la vôtre mes chers anciens d'Indochine et vous aussi tous mes amis qui êtes intéressés par cette histoire .

Au sein du grand Nord-est vous marcherez avec moi jusqu'au 26 octobre jour où je reverrai de nouveau Hanoï .

Sur la carte vous allez pouvoir suivre chronologiquement les 5 phases de cette longue route :

-1- de Ninh-Binh à Tien-Yen du 4 au 10 octobre

-2- de Tien-Yen à Langson du 10 au 13 octobre

-3- la route coloniale n°4 de Langson à Caobang du 13 au 20 octobre

-4-de Caobang à Quang-Uyen(50kms à l'Est de Cao Bang), village de Napheo lieu exact du camp n°5 dit camp hôpital du 21 au 22 octobre

-5-de Quang-Uyen à Hanoï du 22 au 26 octobre……

Et maintenant tout est dit, suivez moi en consultant la carte !

DE NINH-BINH à TIEN-YEN avant Mong Cay frontière de Chine.

Limitée au Nord par la Chine la côte Nord s'ouvre sur le golfe du Tonkin avec un littoral de près de 400kms. Cette région riche en ressouces énergétiques avec la production houillère de la zone de Cam-Pha est surtout connue pour les splendeurs de la baie d'Along. Vous aurez l'occasion d'en admirer quelques merveilleuses photos que je ne manquerai pas de vous distiller sans modération avec mon alambic photographique en connivence avec mon imagination débordante…, quant à Cam-Pha j'aurai l'occasion de vous conter une succulente anecdote. Pour l'instant je ne vous en dit pas plus. Prenez donc patience !...

Il y a plus de 350 kms pour rejoindre Tien-Yen, j'effectuerai ce parcours en une semaine à une moyenne d'environ 50kms jour.

J'ai quitté à 6h ce matin 4 octobre mon pied à terre de Ninh-Binh en remerciant mes hôtes (photos mes hôtes 1-2) .

Après avoir chaussé mon sac à dos je me dirige vers Nam-Dinh 45 kms sans avoir eu le temps de prendre mon petit déjeuner. Les bornes kilométriques se succèdent au fil des kms. Il fait très chaud et le taux d'humidité de l'air est conséquent, une chappe de plomb s'abat sur mon chapeau de brousse, mon pantalon de toile est trempé de la ceinture jusqu'au bas . Je me contente sur mon trajet de déguster quelques tartines de houblon qui passent comme une lettre à la poste, juste pour enlever la poussière …J'ai une très grande soif !. J'arrive à destination à 17h, juste avant la tombée de la nuit, assez fatigué et explosé du dos avec des échauffements aux cuisses. Mon sac est beaucoup trop lourd, il est vrai que je n'ai jamais su me limiter… Et je regrette déjà de ne pas avoir amené mon vtt mais le breton c'est trop têtu, enfin ! Dans l'instant je dégote une auberge correcte et après une bonne douche je sors en ville à la nuit pour me désaltérer et me sustenter car j'en ai bien besoin. Je fais la connaissance de personnes charmantes en dégustant mon bol de riz arrosé d'une délicieuse bière Hanoï beer, je vous laisse apprécier (photos du cru 1-2)  . Ah la jeunesse ! J'ai passé une bonne soirée avant de rejoindre les bras de Morphée…

5 octobre mon réveil sonne à 5h. A 6h j'avale une soupe viet bien chaude et un thé avant de rejoindre Thai-Binh. Je quitte Nam-Dinh située à l'embouchure du fleuve rouge. A l'époque française cette ville était le centre textile du Tonkin .

Vers Thai-Binh la route est longue et le visage se burine et se creuse :

Les kilomètres s'accumulent,les tartines de houblon sont les bienvenues mais la fin de l'étape approche (photo borne 1-2)

A la nuit je trouve la nhà nghi (auberge) souhaitée . Le rituel est coutumier douche, repas vite englouti, discution devant une pression avec les habitants des lieux. Ici la bière est légère, ne manque pas de retour et bon marché (équivalent de 12cts d'euros) pour le pouvoir d'achat il y a pas mieux (photos après l'étape 1 à 3) . Maintenant dodo demain longue étape près de 70kms jusqu'à Haïphong…..

Cette étape a été la plus fatiguante sur une route à perte de vue ra-plat-plat mais pas plan-plan, avec toujours cette chaleur étouffante et moite de 40°c . Le 6 octobre j'ai marché jusqu'à la nuit afin afin de couvrir plus de 65 kms, mon record, pour atteindre seulement les faubourgs de Haïphong qui comptent plus de 2 millions d'âmes. Avec 65 km le compte n'y était pas et il y en avait encore une bonne quinzaine pour rejoindre le centre. Très fatigué je n'ai pas hésité à faire appel à une moto taxi (petit scooter) pour aller au centre ville. J'ai eu d'ailleurs la peur de ma vie lorsque le conducteur du scooter, lourdement chargé avec mon poids et celui du sac, a fait une embardée au milieu d'une circulation intense. Heureusement sa dextérité a permis d'éviter le pire. J'ai pu dormir ce soir là dans un des plus vieil hôtel de Haïphong, l'hôtel du commerce rebaptisé Thuong Mail hôtel. Ce dernier est de style colonial (photos hôtel du commerce 1-2) .C'est ici que logeaient les écrivains voyageurs des années 1920-1930, Roland Dorgelès (auteur des croix de bois, ouvrage traitant de la guerre 14-18) et le britannique Somerset Maugham . Après ma douche je n'ai pas traîné je me suis désaltéré mais ai peu mangé pour vite aller me reposer dans ma chambre règlée et négociée 10 US dollars . Le lendemain après avoir été chercher quelques dongs à la banque je repartais vers Halong ou plutôt Hon Gai . En la traversant le lendemain 7 octobre je trouvais dans Haïphong une ville reposante et pleine de charme et je me promettais d'y revenir si j'en avais le loisir .

J'y suis en effet revenu du 21 au 26 décembre pour y passer les fêtes de Noël . Après 2h de transport en bus je me suis fait déposer près du port à la gare routière de Lac Long . A proximité se trouve l'embarcadère Ferries pour Halong et l'île de Cat Ba . C'est également dans ce port que débarquaient les troupes pour l'Indochine destinées à servir au nord Tonkin (mon frère y avait débarqué avec arme et bagages) . La ville est entourée de cours d'eau : la rivière Lach Tray se sépare en 2 bras avec la rivière Tam Bac lesquelles se jettent dans la rivière Cua Câm où se trouve le port. C'est le plus grand port du Nord Vietnam et la 3 ème ville du pays (environ 2 millions et demi d'habitants en comptant les faubourgs). Haïphong est reliée à Hanoï (110kms) par la seule autoroute du Nord Vietnam. Avec Hanoï et la baie d'Along, Haïphong fait partie du triangle industriel du nord et voit se multiplier l'installation de nouvelles usines, tant occidentales que chinoises. Curieusement, ici, l'on se sent à peine dans un port. Là ce n'est pas la mer c'est un estuaire. En outre le site ne se présente ni comme une baie protégée ni comme une rade encerclée de collines. Depuis l'embarcadère mes yeux n'ont fait que buter sur la longue et paresseuse rivière Cua Câm (photo embarcadère) De beaux et hauts arbres forment un couloir de verdure sur les anciens canaux . Là, dans un environnement de gens paisibles et heureux, les couleurs et les bruits, je me serais cru quelque part dans une ville nonchalante du midi de la France, à la belle époque…si les lieux et les personnes n'avaient pas été aussi pittoresques et insolites…jugez plutôt en photos . (photos Haïphong port pittoresque 1à10) . Ah ! j'oubliais, j'ai aussi rencontré l'oncle Ho, vrai ! la preuve en (photo oncle Hô)  , j'avoue que je ne m'y attendais pas et j'ai été fort honoré de pouvoir le saluer … Nous avons parlé de tout et de rien, d'un peu d'histoire surtout et il me disait fort à propos :

"La région de Haïphong fut donnée en 1872 en concession aux français par l'empereur d'Anam . En 1883, Jules Ferry en fit le 1er port d'Indochine. Pendant la 2ème guerre mondiale, les japonnais l'utilisèrent pour ravitailler leur pays avec les matières premières pillées en Indochine (riz,coutchouc,etc.). En 1946 un incident douanier servit de prétexte à la marine française pour tirer sur ses bateaux à lui oncle Ho… !, c'est pourquoi il y eut rupture entre les autorités coloniales française et lui, amenant ainsi l'inévitable échec de la conférence de Fontainebleau et le bombardement de Haïphong ordonné par l'amiral Thierry d'Argenlieu . L'oncle Ho m'a tout dit et à vous aussi…je l'en ai remercié vivement en mon nom et aux vôtres…D'ailleurs en guise de transition je vous fais visiter la gare de Haïphong car c'est là qu'existe une plaque en mémoire de ces incidents historiques (photos gare Haïphong) . L'oncle Ho décédé en 1969 n'est plus de ce monde et si j'ai oublié d'allez lui rendre visite dans son mausolé à la soviétique de Hanoï, j'ai pu le voir dans la salle de lecture de la mairie de Haïphong (photo mairie 1 à 3) . L'insolence bien taquine de ma part n'exclut pas le respect car les vietnamiens par leur gentillesse, leur ardeur au travail le méritent : un jour c'est certain il nous feront la pige et ce sera tant mieux (photo vietnamiens souriants au travail) mais j'oubliais de préciser que le chef du syndicat là-bas porte un fort joli nom : Monsieur Sourire; et monsieur Grève ne fait pas la loi comme chez nous …

J'en reviens au port et aux bâtiments français toujours et bien présents…nostalgie ,nostalgie…ah ! si ces murs vieillots pouvaient parler? (photos bâtiments du port 1 à 6)  .

Vite je dois quitter Haïphong pour rejoindre la baie d'Along et Hon Gai, à tout de suite…mais avant de partir à regret, je vous livre encore quelques photos insolites (photos insolites 1 à 8 ) .

Réveillez vous ce n'est pas encore Noël, nous sommes le 7 octobre 2008, avec moi il vous faut encore et toujours remonter le temps !...

C'est parti ! Il est 6h et je quitte Haïphong ce 7 octobre en lavant mes yeux des dernières traces de sommeil avec en point de mire la longue rue déjà animée qui va me permettre de sortir de la ville pour rejoindre Hon Gay. Dans un premier temps je me dirige vers Bai Chay. C'est en face de Bai Chay que se situe Hon Gay. Ces deux villes appartiennent à la même commune appelée Along ou Ha Long comme indiqué sur les cartes. Autrefois un bac permettait de rallier les deux villes, à présent c'est un pont suspendu qui les relie. Ce pont inauguré en 2007 a la forme d'une jonque à voile stylisée (voir ci-dessous) .

Bai Chay est une station balnéaire, ancien lieu de villégiature de la nomenklatura et des techniciens soviétiques. Des hôtels à plusieurs étages et villas s'agglutinent sur les collines au milieu d'une belle végétation. L'ancien petit professeur de français à l'époque de notre Indochine, le général Giap devenu généchef et stratège vietminh, en possédait une tout en haut d'une de ces magnifiques collines. Au sud de Bai Chay se trouvent de nombreuses îles et l'une d'elles abrite toujours l'une des résidences estivales de Hô Chi Minh où il séjourna dans les années 1960. Lors de sa dernière visite l'oncle Hô prononça le vœu de faire de cette île la perle de la baie d'Along et de sa maison un lieu de repos ouvert à tous grâce à des prix bas. Mais le destin en a voulu autrement, les investisseurs du XXIème siècle étant nettement plus inspirés par l'oncle Sam que par l'oncle Hô .

En face de Bai Chai après avoir franchi ,à pied bien sûr, le pont que vous voyez plus haut on trouve Hon Gay avec ses rues animées et son marché mais c'est aussi un important port minier.

C'est ici que l'on embarque tout le charbon extrait dans les mines à ciel ouvert de la province et à Câm Pha. Quand les propriétaires étaient français l'entreprise d'alors s'appelait «les charbonnages du Tonkin». A la vue de ce panorama charbonnier je me suis souvenu d'une anecdocte racontée avant mon départ pour le Vietnam, par un de mes grands anciens : Jean Talamas. Ce dernier a fait 3 séjours en Indochine. Formé aux Indes il est arrivé en Indo fin 1945 jusqu'en 1948 (1er séjour) puis 1952-1953 (2ème séjour) enfin 1954-1956 (3ème séjour ) . J'ai connu Jean en 1963 lorsque j'étais jeune sergent à Bayonne c'est à lui seul un livre d'histoire qui a ouvert et fermé la porte de la guerre d'Indochine. Je vous livre son anecdote et c'est lui qui parle. Avant toute chose il faut signaler qu'à l'époque Bai Chay était à l'aplomb de Vat Chay lieu historique de l'école des commandos du Nord Vietnam dont Jean alors sergent, était instructeur, certains doivent se souvenir ? Nous sommes en 1952, à toi de raconter Jean ! :

" -Dans les soutes de l'école nous avions une vieille caisse de dynamite chinoise (30 kgs, celle du dessus dans la pile sur la photo ) en très mauvais état et d'usage interdit pour l'instruction . Le patron de l'école étant à Hanoï pour la journée, tout l'encadrement avait décidé de faire sauter cette caisse en mer. Je fus chargé de préparer le colis. Pour la mer,nous avions une Pinasse d'Arcachon et un M2 métallique qui lui servait d'annexe ou de remorque. Avec un de mes camarades et la caisse nous avions pris place dans ce M2 tiré par la Pinasse. Notre point de largage était une épave coulée pendant la guerre dont seuls les 2 mâts émergeaient. Nous avions tout prévu sauf que  deux gus plus une caisse de 30kgs à l'arrière vertical d'un M2 en remorque ça provoque un tel remous que, stupeur n°1 : la caisse reste collée au bateau !!! Vite nous sommes passés rapidement à l'avant du M2 pour rétablir une assiette correcte et annuler le remous; Stupeur n°2 : la caisse flottait !!!

Je n'avais pas pensé que l'exposif conditionné dans plusieurs emballages en papier sulfurisé et étanches…, ma caisse manquait de densité et allait au gré du courant de marée vers la passe HENRIETTE qui était le chenal d'accès pour les bateaux en direction du port de Câm Pha .

Sur la Pinasse qui nous remorquait les regards étaient inquiets ???!!! Pour détendre l'atmosphère un sergent catalan à l'accent prononcé nous dit : Maintenant il nous manque qu'un «charbonnier» ! Et bien il est arrivé celui là et la caisse a explosé !!! Sur l'eau impossible d'évaluer les distances mais le bateau a fait STOP !!! et MACHINE ARRIERE TOUTE !!! et a disparu derrière les îlots ???

Le retour à l'école s'est fait en rasant les murs et consigne fut donnée : «silence absolu sur la sortie en mer». Le soir à son retour d'Hanoï le patron de l'école est convoqué au PC de quartier à Hon Gay . ??? La mine sombre il nous annonce qu'une mine flottante a explosé devant un charbonnier japonnais… Pas de dégats !!! demain la DINASSAU patrouillera dans les différentes passes de la baie …pour débusquer ces putains de mines, bon dieu !

Ouf !!!La consigne de silence absolu a été respectée, personne ne fut jamais au courant… Qui le sait !!! dites moi… "

Voilà au moins une anecdote qui mérite la rubrique «incroyable mais vrai» dans la revue des anciens…non ! Merci Jean ! et pour ceux qui se souviennent je livre 2 photos de cette époque difficile et meurtrière où malgré tout l'on trouvait moyen de se détendre pour oublier …si l'on peut dire… (photos l'école de Vat Chay)

Maintenant moi, avec cette histoire, je vais aller casser une croûte, m'envoyer une «tartine» et me trouver un pied à terre à Hon Gay histoire de prendre de belles photos de la baie d'Along car le coucher de soleil promet d'être généreux (photos Along 1 à 6) avant de dormir comme un bébé seul dans ma couche .

Le 8 octobre je file vers Câm Pha….

Ce matin avant de quitter les lieux j'ai pris un moment pour pommader mes échauffements entre les cuisses et j'ai décidé de ne plus mettre de slip pour éviter ce genre d'ennuis. Je me sens léger, léger, mais ah ! si mon sac pouvait être moins lourd… Sur la route je vois pour la première fois une borne qui indique la distance qui me sépare de Tien Yen…et bien… heureusement que ce soir je déposerai mon sac à Câm Pha (35kms) en fin de compte petite étape…:

J'ai quitté à regret Hon Gay et la baie d'Along élevée par l'Unesco au rang de patrimoine mondial . D'une suprême beauté elle offre un spectacle inoubliable : 3000 rochers karstiques aux reliefs escarpés constellent une mer émeraude sur près de 1500 kms carrés. Je vous recommande d'allez voir cela de plus près .

La température est toujours aussi chaude et la route aussi longue .

Je marche du côté gauche de celle-ci et de temps en temps je croise de bien jolies personnes qui circulent en vélo coiffées de leur délicieux et seyant chapeau cônique. Quand elles viennent vers moi elles me sourient généreusement, bienheureusement…, je leur dis : «t'as de beaux yeux tu sais !» Quand elles viennent dans mon dos du côté droit elles se retournent, me jaugent, me trouvent probablement charmant…et moi je frétille d'aise et les salue divinement …Que du bonheur  vous dis je ! et la route se montre moins longue, moins fatiguante .

Je me sens bien ici…Vers 15h j'arrive à Câm Pha et me trouve un hôtel sympa (voir photo résidence) . Après mes ablutions d'usage je sors visiter la ville .

Je trouve un endroit où il y a de la bière pression (photo Bia A long) et aussi ce qu'il faut pour discuter agréablement et tranquillement…Repu et bienheureux je m'absente pour visiter la cathédrale (photos Câm Pha la cathédrale) et il est 16h15 précise. J'ai encore du temps pour allez converser avec mes copines qui se montrent volontiers coquines et ce n'est pas pour m'offenser …j'y reviens…

Mais le temps passe très vite, il faut aller dormir car demain l'étape sera longue et me réservera quelques surprises .

Ce 9 octobre nous sommes un Jeudi . D'après ma carte Tien Yen est beaucoup trop loin soit environ 65kms, il faudrait que je trouve un point de chute intermédiaire pour dormir et à présent cela ne va pas être facile. Après avoir passé le bassin minier et effectué 25kms je me trouve à proximité de Muong Duong à 11h. Je passe un petit pont et traverse une rivière avant Ha Bien (voir la carte du Gd Nord Est) et je vous en livre 2 photos (photos embarcations) .

Finalement je rentre dans Muong Duong mais je suis encore très loin de Tien Yen (40kms) et je serais partant pour dormir ici. Je me renseigne à l'endroit où l'on m'invite à boire un thé vert qui m'est offert. Pas de bière hélas ! On m'annonce un Nhà nghi à 2kms, je note sur un papier son appellation. Je dis au revoir et merci «Chào – Cam on» . Je marche, ne trouve rien pensant déjà avoir marché au moins 5 kms et puis ça monte raide et de part et d'autre de la route une végétation intense et une chaleur moite, inconfortable, qui me donne des vertiges et puis la soif du capitaine Haddock d'un  «Tintin au Vietnam». Tiens Hergé aurait dû y penser ! …,je commence à mon tour à voir des mirages et les Dupond-t …Aucune âme qui vive et puis après avoir déambulé 3 plombes je vois un camion à l'arrêt et le chauffeur qui vérifie son chargement. Ni une ni deux je lui demande en joignant les gestes à la parole mais surtout les gestes, que je cherche un endroit pour dormir. Et bien je vous le dis en mille comme en cent ou le contraire, qu'il a tout compris de ma prose gestuelle me faisant signe de monter dans le véhicule sans oublier de m'aider à ranger mon sac dans la cabine. Il démarre, me fait un signe amical et porte son index à ses narines : il doit avoir du flair ce viet sympa ! Et l'on va rouler longtemps, une éternité me semble t'il . Je commence à m'assoupir et soudainement je vois une bifurcation et un panneau avec à gauche la direction de Dinh Lap donc de Langson où je dois poursuivre .

Brusquement éveillé je signifie à mon conducteur en pointant mon index vers la direction Dinh Lap ! Dinh lap !! Dinh lap !!! je lui dis en haussant le ton… mais il persiste à aller tout droit en approuvant d'un signe de tête et en plaquant sa main droite sur sa joue me signifiant que pour dormir c'est par là. Il connaît son affaire le bougre et finalement il me déposera à l'entrée de Tien Yen devant une auberge. Je serais quitte le lendemain pour revenir sur mes pas de 5kms pour récupérer la fameuse direction de Dinh Lap. Je remercie mon bienfaiteur en le gratifiant de quelques dongs. Moi je suis fourbu et vais me mettre à l'aise, prendre quelque repos avant d'entreprendre de musarder dans Tien Yen city. Le pied à terre est proche d'une place dont la route principale mène à Moncay frontière de Chine. Ma chambre possède un balcon dont je vous laisse entrevoir la vue… (photos)

Tien Yen est un paisible village d'un millier d'habitants où les résidents vaquent à de saines occupations sans faire de bruits se montrant volontiers accueillants et joyeux . (photos Tien Yen 1à6)

Demain vendredi 10 octobre direction Dinh Lap sur la route de Langson .

 

Coucou ! j'ai passé une bonne nuit , mon réveil a déclenché son carillon à 5h et le jour se lève. Une douche et c'est parti ce jour du 10 octobre 2008 . J'ai approximativement 100 kms à effectuer pour rejoindre Langson . J'ai décidé de faire ça en 2 jours . Ah j'avais oublié de vous dire que Tien Yen était un petit port sur la RC 4 (photos port Tien Yen) car à présent je vais mettre un pas devant l'autre sur cette fameuse route tristement appelée la route sanglante ou voie de la mort en 1950. A l'instant je vous fais un point de la situation en 1948 sur l'itinéraire que je vais réaliser en 2008 :

DE TIEN-YEN A LANGSON 60 années se sont envolées déjà…

" La RC 4 suit, selon une direction Sud-Est—Nord-Ouest, la frontière sino-tonkinoise sur une longueur de 322 km, joignant Moncay à TienYen, port sur le golfe du tonkin. C'est une route littorale de 86 kms de long.

De Tien-Yen à Cao Bang, elle s'enfonce dans la zone montagneuse du Haut Tonkin, séparée du Delta au Sud-Ouest par les monts impénétrables du Viet Bac et du Dong Trieu.

1- De Moncay à Tien Yen : Moncay est situé sur un mamelon dominé par sa citadelle. Au pied du mamelon, le Song Ca Long forme la frontière chinoise.

La route large de 4 mètres traverse tout d'abord une plaine cultivée en rizières puis longe la côte maritime, avant de décrire un arc de cercle vers le Nord pour contourner la lagune de Garceau. Elle aborde ensuite une suite de hauteurs puis pénètre dans Tien Yen, port qui est le port d'arrivée de tout matériel destiné à la zone frontière.

2- De Tien Yen à Langson: la base militaire de Khe Tu, séparée de Tien Yen par le Song Pho Cu, est en fait la tête de ligne des convois routiers à destination de Lang Son et de Cao Bang. La route large de 3,50m à 4m, monte lentement jusqu'au col de Ban Co (260m) dans un site sévère, puis redescend dangereusement sinueuse et glissante sur Dinh Lap, au milieu d'un relief chaotique constitué de grès rouge, rose ou verdâtre. Après Dinh Lap, elle passe un col de 410m au sud de Keo Co, traverse une zone accidentée après Na Dzuong et arrive à Loc Binh, franchit le Song Ky Cong sur un pont de 27m. Elle entre alors dans la montagne proprement dite par son versant méridional et parvient à Lang Son situé sur la rive gauche du Song Ky Cong à 423m d'altitude."

Vous voilà à présent comme moi, renseigné dans le détail. C'est une bonne mise dans l'ambiance car avec moi vous allez découvrir, sauf peut être ceux qui ont participé à cette période sanglante et oh  combien héroîque…Avant tout une petite carte :

Cette partie était jugée la moins difficile militairement en 1948. Je pars avec une bouteille d'eau sans vague à l'âme, je me passe de petit déjeuner je verrais cela plus tard …Il me faut dans un premier temps retrouver la direction de Dinh Lap située à 5km. J'ai quelque ennui intestinal, un début de gastrite et je me vois obligé de quitter la route pour monter une pistouille dans la brousse…ça il faut le stopper immédiatement et j'avale 2 cachets d'umodium contre la diarrhée. Au bout d'une heure de marche je retrouve ma bifurcation d'hier mais pour plus de sûreté je demande à un habitant des lieux avec mon index pointé dans la direction présumée certaine, mais c'est un bon moyen de communiquer et se faire remarquer avec le sourire d'un jour heureux : «xin chào, Dinh Lap!» et après confirmation «came on» . Je traduis pour vous « bonjour, Dinh Lap ! merci», finalement trop facile le vietnamien...ouilleouille et reouille. C'est curieux mais ici je passe aperçu comme si tous m'avait déjà entrevu dans un autre monde avec une grande bienveillance et une profonde sympathie, je suis aux anges…Ah ! c'est exact la route est peu large rien n'a trop changé depuis ce temps et ça commence à monter progressivement. Et puisque j'imagine ce que pouvait bien être la base militaire de Khe Tu je vous livre les forces françaises en présence dans ce secteur car cela n'est plus un secret en 2008 :

Je me désaltère, sors ma bouteille d'eau, en absorbe une bonne rasade…tiens je commence à avoir une petite faim moi…A Khe Tu j'aperçois assise sur le côté droit de la route près de l'école, une vietnamienne assez âgée qui vend des petits pains (banh mi). Je lui dis : «xin mot banh mi, bao nhiêu dongs?» elle me réponds avec un large sourire «nghin/ngàn dongs». Je n'ai pas 1000 dongs en monnaie, je sors 1 billet de 5000 ba (15cts d'euros), "Mme" veut me rendre la monnaie et d'un geste de la main je lui fais comprendre de tout garder. Les gamins de l'école attirés par mon allure d'extra-terrestre se sont attroupés et voyant mon geste de générosité se mette à applaudir à tout casser…je leur fais un geste amical de la main, prend congé de ba et poursuis ma route en grignotant mon petit pain. Peu avant le col de Ban Co j'aperçois à ma gauche de vastes bâtisses situées dans une zone agricole. Curieusement je pénètre à l'intérieur, vois du monde, me renseigne suivant ma méthode éprouvée de la communication démerde et apprends que c'est une école agricole. L'on me fait visiter un bâtiment où se trouve des ordinateurs qui servent à l'instruction des jeunes, j'en suis étonné…l'on me fait entrer ensuite dans une pièce où l'on m'invite à boire un verre de choum (alcool de riz). J'en profite pour me délester de mon sac et prends place sur la chaise que l'on m'apporte. Les personnes avec curiosité soulèvent mon sac, le reposent très rapidement impressionnées par la charge ce qui me vaut une seconde rasade de choum puis une troisième et finalement je me vois obligé avec peine de reprendre mon sac et la fuite avec des signes de la main et des «came on» de contentement qui ne porterons pas atteinte à la sobriété d'un marcheur qui se doit de rejoindre Dinh Lap. Ouf sauvé ! cette fois !!! je franchis le col mais suis encore à 20kms de Dinh Lap. Il commence à faire soif, il est midi et il ne me reste plus d'eau et rien pour me ravitailler.J'aperçois une kha nhà (maison), vois du monde brandis ma bouteille vide pour avoir de l'eau et l'on m'amène dans une cour ou coule d'un tuyau en plastique une eau presque claire…et l'on m'invite à me servir tout mon saoul. Je remplis sans arrière pensée mais sans omettre d'ajouter à mon futur breuvage 3 cachets de micropure en cas …D'ailleurs mes hôtes ont tout prévu : pose du sac, tabouret et ration de choum pour purifier l'eau de l'intérieur avant son absorption. Encore piègé ! l'ennemi est partout et les embuscades nombreuses et je dois entreprendre des décrochages stratégiques pour ne pas y laisser mon foie…Finalement j'arrive à Dinh Lap à 17h après avoir fort bien éliminé les rations de choum. Je trouve un hôtel rituel coutumier et vite une tartine (Bia lanh-qui veux dire bière fraîche). J'ai fait ce jour 50kms je pense avoir bien mérité de la nation… Vite quelques photos et dodo je suis fourbu … (photos Dinh Lap 1à 4)

11 Octobre c'est l'heure…de Dinh Lap je passe le pont en direction de Loc Binh vers Lang Son :

A cette heure déjà les gens s'affairent et affichent comme à l'accoutumé le sourire d'un jour qui s'annonce chaud ensoleillé et calme …mais c'est encore à voir…

Moi cela me met tout de suite dans une excellente forme pour une journée que je n'imagine pas encore rude, agrémentée d'une nuit infernale habitée par les zombis du coin. Mais pour l'instant je pars tout guilleret vers la destinée du jour, Lang Son, si les jambes tiennent le coup car j'avoue accuser un petit coup de fatigue. La journée d'hier a été fort pénible avec le choum et les 50 kms de Tien Yen à Dinh Lap. Je passe le col de Keo Co pour m'apercevoir que la portion de route est en travaux. Ils emploient ici les grands moyens pour une fois mais que de poussière ! avec la sueur je suis dans un triste état …

Route col de Kéo

Les bretelles de mon sac me scient les épaules et la sueur n'arrangeant rien, de temps à autre je fais glisser simultanément les bretelles droite et gauche de l'omoplate vers les avants bras pour me soulager. Pour oublier la douleur je prends au passage quelques photos pittoresques des alentours, de part et d'autre de la RC 4 appelée ici QL 4B , cela bien sûr tout en marchant avec mon appareil en bandoulière (photos pittoresque vers Loc Binh) .

Je traverse une zone accidentée après Naz Dzuong pour arriver enfin à Loc Binh et il est 13h30 à ma montre. Il est l'heure de me faire servir une bière et de casser une croûte …

«xin moï , chup chapaïa !» ce qui signifie « à la bonne vôtre, trinquons ! » Après une halte d'1h je quitte Loc Binh

pour franchir le Song Ky Cong sur le fameux pont de 27m que je vous ai signalé sur le point de situation en 1948, apparemment rien n'a changé et j'ai encore 25 kms à me taper mais là j'en ai plein mes rotules.

Je n'atteindrai pas Lang Son et au crépuscule naissant je décide de tenter un bivouac le premier depuis mon départ. Dans ces endroits les touristes ne sont pas légion et les hôtels sont rares …J'avise un endroit que je trouve sympa et en plus il y a de jolies fleurs jaunes donc je commence à étaler mon barda et constituer ma couche …sans oublier ma moustiquaire. La nuit va rapidement tomber et illico je fais une dernière photo.

Je m'allonge bercé par le chant des crapauds buffles quand soudain ce chant est accompagné par la symphonie désagréable du zzzzzzzeeeeeéééézzzzzzzzz des «moustvietgars» (moustiques du coin) qui font preuve de la plus grande voracité. Je me caparaçonne dans la moustiquaire, j'utilise l'anti moustiques espèrant être tranquille de ce côté mais un nouvel ennemi arrive discrètement sans faire de bruit…je sens l'intrus sur la moustiquaire j'allume ma frontale et je vois déguerpir un énorme rat à longue queue, énorme !!!…et puis j'entrevois une multitude de rats sur mon sac à dos attirés certainement par les beignets que j'ai acheté à Loc Binh… quelle peste! S'en est trop il faut que j'évacue cette zone infestée par ces ennemis sournois. A la lumière de la frontale je plie bagages et envisage de continuer ma marche de nuit sur Lang Son. Il est approximativement minuit avec environ 15 kms jusqu'à Lang Son. J'arrive dans les faubourgs à l'aube naissante 5h du matin. Je remarque un petit banc de pierre et je me repose un peu avant de trouver une gargote où l'on sert le Pho (soupe viet). Des nuits comme celle-ci ne sont pas à renouveler il va donc falloir que je réfléchisse et prenne mes dispositions pour trouver une auberge bien avant la tombée de la nuit. Enfin je suis à Lang Son et envisage de passer la Journée du 12 octobre ici, ouf repos !.....

Dimanche 12 octobre 2008, en bon chrétien je m'offre le repos dominical. Tout à l'heure, assis sur mon banc de pierre langsonnien et maintenant occupé à consommer ma soupe bien chaude, j'ai pu réfléchir à deux choses. D'abord, je le disais plus haut, à la manière de m'y prendre pour éviter une nuit en compagnie des moustiques et des rats et enfin à la façon d'entreprendre le récit de mon équipée seul avec moi, mes souvenirs et ceux de mes aînés, mon séjour achevé. Ces anticipations me permettent à présent de vous livrer ce communiqué dans les plis d'un drapeau français largement déployé :

Après avoir apprécié ma soupe j'ai entrepris de me trouver un petit hôtel correspondant à un train de vie SDF … Ceci fait il a fallu que je me repose un peu pour récupérer de ma nuit agitée et hasardeuse. J'ai dormi quelques heures comme un bienheureux ensuite, la messe étant dîte, il a fallu me désaltérer et me sustenter pour me rafraîchir l'esprit et vous inviter à faire une visite dans l'entrée du vaste théâtre de la route coloniale n°4 où allait se concevoir puis se jouer en octobre 1950 une inexorable et poignante tragédie grecque… Les 3 coups étant frappés il y a maintenant 58 ans je soulève religieusement le rideau du souvenir pour vous présenter le décor du 1 er tableau: Lang Son .

Lang Son Pk 0 de la QL 4B actuelle (ancienne RC 4) mais la borne mise en place par les français est d'époque seulement rebaptisée :

Un peu d'histoire si vous le voulez bien !

Lang Son («hauteur de la fidélité») associée au village de Ky Lua réputé par son marché et ses grottes est la capitale d'une région montagneuse située à 270 m d'altitude. Sans revenir trop en arrière signalons que par deux fois les troupes françaises durent livrer de rudes combats dans cette zone: en 1885 (la chute de Lang Son, qui passa aux mains des Chinois, précipita la fin du ministère Gambetta sous la 3 ème République). Plus près de nous, en 1979, la ville fut en grande partie détruite par de nouveau une invasion Chinoise et reconstruite. Protégée autrefois par une citadelle dont il ne reste plus rien sinon des ruines c'est maintenant une plaque tournante du commerce entre la Chine et le Vietnam. La contrebande y va bon train mais de passage, je n'ai pu me douter de rien tellement la ville est provinciale et nonchalante. Rien à faire ici sinon revivre l'histoire, se balader, prendre des photos, déguster les recettes du coin et boire les tartines locales. Lang Son reçoit peu de touristes…ce n'est pas pour me déplaire, on n'y parle que le vietnamien peu d'anglais ou de français, parfois le chinois et je m'y retrouve.

Arrivé ce matin depuis la direction de Tien Yen je me suis dirigé avec les poteaux indicateurs et finalement pu repèrer ma direction future. En allant à l'opposé de la direction de Dong Dang j'ai buté sur le pont de Ky Lua :

Ce pont franchit le fameux Song Ky Cong qui traverse Lang Son :

Contrairement aux autres rivières du pays qui vont dans la direction nord-sud, nord-ouest ou sud-est, elle court en sens inverse et se jette en mer de Chine via la frontière. D'abord voici quelques photos de l'année 1950: (ouvrez les photos puis revenez à la page précédente) maintenant ouvrez les photos du pont dans lequel j'ai buté ce 12 octobre 2008 (photos pont Ky Lua) . Vous avez retenu le conseil alors je peux poursuivre, «came on»! et en plus vous comprenez le vietnamien … mais attention «câu» veut dire pont, c'est important ici …ne l'oubliez plus !

Après avoir vu ce pont de type Eiffel dont la fière allure est identique à 1950 (les vietnamiens se sont montré conservateurs certainement pour ne pas nous offenser…), continuons notre balade en ville: tiens la rue principale se dirige vers Dong Dang distant de 14 kms et vers un petit lac où je viens de repèrer un intéressant resto pour ce soir (photo Lang Son : rue borne et lac, 4 photos).

A présent il me faut retrouver l'endroit où se formaient les convois pour la RC 4 direction That Khé et beaucoup plus loin Cao Bang : au bout d'une heure j'ai fini par trouver et découvrir que c'était maintenant la gare routière ci-dessous. Vous pouvez alors comparer avec la photo d'époque 1950 découverte plus haut !

Je reprends le chemin inverse pour retrouver mon hôtel, il faut profiter du coucher de soleil sur Lang Son c'est important ! (photos coucher de soleil 1à6)  . Maintenant je vais dîner près du petit lac dans le petit resto repèré tout à l'heure. Terminé je suis repu "j'ai bien mangé , j'ai bien bu , j'ai la peau du ventre bien tendu , came on petit jésus vietnamien !" 

Allez la photo en nocturne pour la route du sommeil : à demain !

Voilà nous sommes aujourd'hui le lundi 13 octobre. C' est difficile de quitter les bras d'une morphée tonkinoise… en plein rêve érotico indochinois à 58 années d'intervalle. Mais des bruits bien de mon temps ont éveillé mes sens à la réalité, vacarme habituel de gens se levant tôt, pétarades de deux roues,voici donc venue l'heure de présenter le 2 ème tableau de cette tragédie grecque judicieusement annoncée : Dong Dang.

Le temps de prendre ma douche, ranger mes affaires, prendre mon sac et à 6h je suis prêt pour la 1ère partie d'un bond de 100 kms qui m'amènera le 17 octobre prochain à Dong Khé. Suivez moi !

1er BOND : LANGSON-DONG KHE : VERS DONG DANG

«la RC 4 n'avait de route que le nom. C'était, la plupart du temps, une piste empierrée large de quelques mètres à peine, tout juste suffisant pour permettre le passage sur une file, des camions et des blindés qui l'empruntaient pour aller ravitailler les places fortes et les postes intermédiaires. Elle serpentait au flanc de cols abrupts, elle se faufilait au fond de défilés impressionnants, véritables coupe-gorge que l'on eût dit taillé à coups de sabre par quelque géant malveillant . »

Finalement entre Lang Son et Cao Bang cette RC 4 était depuis plus d'un an la route qu'un homme vivant ne parcourait pas deux fois. Sinistrement certains l'avait surnommée «la route de la mort». Lorsque le 28 octobre 1950 le n° 84 de PARIS MATCH paraît dans les kiosques la représentation est achevée, le rideau est abaissé, les sièges abandonnés, le théâtre est vide, la tragédie est réalisée et au final personne ne songe à applaudir. La mise en scène désastreuse stupéfie la France: ses citoyens, notre Etat Major, nos politiques…bref, les commentaires se font accusateurs, comment en est-on arrivé là ?

Cette revue n° 84 est devenue rare, Paris Match fête aujourd'hui samedi 28 Mars 2009 ses 60ans… bon anniversaire! : «le poids des mots le choc des images» comme ils disent et c'est justement là qu'il faut applaudir le courage et l'abnégation des combattants alors que les responsables ont failli …j'accuse! aurait dit Zola, alors que le plus mauvais des scénarios avait été retenu : (carte des scénarios) devinez lequel ? Un scandale annoncé à la suite des fuites du rapport classé «secret» du général Revers (pour ceux qui connaissent leur histoire) arrivé par des mains mystérieuses entre les mains du Vietminh début 1950. Mais finalement après de petits règlements de comptes politiques ce scandale mourut étouffé. Pendant ce temps au cours des années 1949 et 1950, sur le terrain, les blindés continuaient à sauter, les camions à brûler et les hommes à mourir (carte des attaques viet) .

Dong Dang dernier poste évacué sur cette portion de la RC 4 après le désastre, cela aussi c'est peu couru…mais nous n'allons pas courir: on va marcher, «peinardement» pour changer et c'est déjà fort …de manière à rendre hommage à nos anciens qui eux y sont restés après avoir tant couru et donné.

Bénissons ceux qui en sont revenus, ils avaient «la banane»comme on le dit à présent car à cette époque c'était «la baraka» ce qui signifie la même chose …

A partir de Lang Son, la route, bordée par les rizières, suit l'ancienne voie ferrée jusqu'à Dong Dang en passant par les anciens postes disparus de Dong En et Tham Lung. Au Pk 14, une patte d'oie m'invite à éviter Dong Dang: une route montante vers That Khé (elle n'existait pas en 1950) et une route descendante. Je prends la seconde car j'ai l'intention de faire une courte étape pour m'imprégner de l'ambiance de Dong Dang mais aussi pour faire une incursion en direction du poste frontière. J'oublie pour l'instant à ma droite la direction de Huu Nghi Quan la route de Chine, traverse la voie ferrée franchis l'arche de bienvenue, passe devant la gare de fret : (photos arche entrée, gare de fret)

Mon premier soucis est de trouver une auberge car il n'est plus question de dormir en compagnie des rats. Je trouve une chambre à prix cassé avec vue «pleine bille» sur la Chine

(photos ma chambre) . Le poste frontière n'est pas loin et dans l'après midi j'effectue une reconnaissance. La «porte de l'amitié» autrefois appelée «porte de Chine» se trouve sur une route montante gardée par un blockhaus élevé par les français en 1895 et à présent ruiné. Il en reste les vestiges. La frontière sino-tonkinoise d'autrefois était marquée par une stèle qui la signalait sur la route au Pk 17. Au Pk 18 se trouvait l'ancienne douane appelée Nam Quam. Une muraille longue de 370m marquait la séparation entre les deux pays. En 1979 la guerre sino-vietnamienne l'a presque entièrement détruite. J'ai trouvé de nombreux gardes au Pk 17 et je n'ai pas pu prendre de photos mais je vous livre la photo d'époque :

A la fin de cette reco j'ai musardé dans la ville de Dong Dang, rituel habituel que vous connaissez tous maintenant et puis dodo avant le boulot du lendemain : lever 5h pour la présentation du 3 ème tableau de cette tragédie judicieusement appelé : Na Cham

VERS NA-CHAM

Mardi 14 Octobre à 6h je me dirige vers la gare de Dong Dang pour la mise en place du tableau prévu :

...

Bien vu il est 6h15 à l'horloge de la gare, juste le temps d'embarquer dans le convoi…je vous quitte pour ma future destination :

Allez les anciens courage bon œil !

Et consultez l'article des envoyés spéciaux de PARIS MATCH N°84, alors que vous y étiez peut être…sinon faites comme si …

Et à présent bon pied ! Nous ne prendrons pas le convoi formé à Dong Dang…nous risquerions de ne pas arriver à Na Cham. Mais revenons à la réalité, dieu merci la guerre est terminée mais l'Indochine aurait pu faire le titre d'un bon film conçu par Sergio Leone dans la fameuse série : «il était une fois..» accompagné d'une musique d'Ennio Moricone. Ah toujours cette foutue imagination qui ne me quitte pas ! mais cela m'aide à marcher.

A la sortie de Dong Dang laissant à son Nord la route menant à la «porte de Chine» la RC 4 s'approche à 700m de la frontière, dominée par des falaises formant muraille, puis traverse la région cultivée et habitée de Uyen Cot.

...

Cette étape sera courte comme l'indique la borne.

Les Viets ont modifié l'appellation Na cham par Na Sam (ne pas confondre avec Na San ancien camp retranché situé près de Son La sur la route menant à Dien Bien Phu). Nous y reviendrons plus tard dans ce récit mais il y a encore du chemin à faire et j'y prends plaisir alors «vamos» !.Quel linguiste je suis !...

La borne annonce 17kms. Je ferais encore une courte étape aujourd'hui et c'est normal car je suis en pèlerinage donc je musarde. En fait mon étape affichera 20 kms dans mes jambes.

La route franchit le tunnel de Tha Lai qui est toujours le passage pour la circulation à droite mais une portion de route a été ajoutée pour la circulation en sens inverse. Moi je n'emprunte pas le tunnel car je suis un peu claustrophobe et je marche donc à gauche pour rejoindre Na Cham par les postes de Pac Luong et Cap Khe (aujourd'hui disparus) en zone accidentée et boisée.

Pour tout dire actuellement les abords de la RC 4 sont moins boisés et envahis par la jungle qu'ils ne l'étaient en 1950. Les Vietnamiens ont considérablement déboisé pour régler leur dette de guerre aux Chinois,en leur cèdant du bois, donc nettoyé le terrain de la végétation impénétrable d'alors. Ainsi j'ai souvent entendu le bruit des tronçonneuses et vu les abattages sur les flancs des hauteurs alentours.

Sur ma gauche la rivière  «Song Ky Cong» et ses larges méandres m'accompagnera au-delà de That Khé. J'ai scruté les hauteurs pour essayer de situer l'emplacement du «nid d'aigle» poste du Capitaine Mattéi, au dessus du village de Na Cham mais sans résultat: il ne reste plus rien, apparemment. Il faut dire que le village s'est beaucoup étendu et construit (photo d'époque du poste de Na Cham,et de son chef le capitaine Mattéi) . Le «nid d'aigle» résistera 48h de plus que ce qui lui avait été demandé pour couvrir le passage des rescapés du poste de That Khé. Sur la photo d'époque remarquez la rivière et ses méandres, le village qui a beaucoup évolué depuis, la RC 4 et à droite au niveau du méandre, au fond la fameuse muraille que j'ai longée le lendemain en quittant Na Cham situé au Pk 37. Je passerais une nuit ici  (photo ma chambre à Na Cham).

Ne faites pas attention au désordre ! ensuite repas et visite des lieux. Je viens de dénicher un endroit où une dame cuisine des beignets (les rats aiment beaucoup moi aussi) et comme je ne dors plus à la belle étoile je me régale d'abord des yeux pour finalement en acheter une bonne douzaine avec la sauce viet qui accompagne servie dans un petit sac plastique. Cela vous donne envie… alors regardez mais seulement !: ils seront délicieux enrobés de tranches d'ananas hmmmm ! (photos les beignets de Na-Cham 1à3). Ces beignets accompagnés d'une bonne bière fraîche suffiront pour me rassasier avant d'aller dormir et visiter les lieux. Il n'y a qu'une rue principale dans ce village maintenant étendu (photo village 1-2).

 

Mercredi 15 octobre 4 ème tableau de la tragédie : That Khé

VERS THAT-KHE

5h, je sursaute ! La sonnerie du réveil m'extirpe de la douce rêverie d'un moment béni où je me sentais cajolé encore !! ouiii !!, par une charmante Morphée au délicieux sourire bridé…, s'il vous plaît monsieur le bourreau ne placez plus ma tête sur le billot…pas si tôt et laissez moi, souvent, un petit instant sur la tendre chaleur de mon oreiller bridé… C'est fichu allez debout !, la RC 4 est toujours là et c'est tant mieux pour me réveiller un peu, suffisamment, énormément, importunément et m'épuiser journellement. Mais j'adore jouer moi-même au bourreau.

A 6h je quitte le village, traverse le pont (câu Na Cham) toujours le même, mais à l'époque il était en planches de bois épaisses. Je longe la haute muraille à ma droite, témoignages de la tragédie qui s'est joué ici : si cette muraille et ce pont pouvaient parler…

...

Après le pont je salue deux gamins au passage et l'un répond à mon salut comme si c'était hier…

Après avoir passé le col des Ananas (c'est ainsi qu'il se nomme) la route atteint une zone de massifs calcaires dont l'entrée était surveillée par le poste disparu de Bo Cung, s'infiltre dans un étroit et sinueux défilé de rochers calcaires autrefois couvert d'une jungle impénétrable vers le col de Lung Vai situé au Pk 46.

Le poste disparu de Lung Vai, au col où se situait exactement le carrefour de la route de Bi Nhi, autre voie menant à la frontière chinoise (documents secteur Lung Vai-Bi Nhi) . Actuellement se trouve une échoppe où j'ai pu boire une bière chinoise et manger quelques biscuits, je me serais cru dans le poste si l'endroit n'avait pas été aussi calme et chaleureux. Après quelque repos j'ai poursuivi ma route qui surplombe en corniche sur plusieurs kilomètres, le Song Ky Cong, sous la garde des postes disparus de Ban Be 41 Est, 41 Ouest (sur l'autre rive du fleuve), 45, et enfin Deo Cat (à l'emplacement d'un fortin ruiné datant de GALLIENI).

Cet ancien fort fut construit par le Maréchal Galliéni. Cet illustre personnage a joué un rôle important durant la grande guerre. Gouverneur de Paris en 1914 il pris des décisions importantes pour la défense de la ville menacée par les troupes allemandes et pris une part active dans la victoire de la bataille de la Marne en décidant l'envoi des renforts avec les fameux taxis. Galliéni était Capitaine lors de la conquête du Tonkin d'où le fortin qui porte son nom, lequel va jouer un rôle dans la bataille sanglante du défilé de Deo Cat où le 3°BCCP sera décimé.

Il m'est nécessaire de donner quelques détails concernant le déroulement de mon récit afin de ne pas perdre le fil des évènements alors que j'avance pas à pas dans cet environnement tragique.

Dans ma préface je précisais qu'il me fallait des références historiques pour raconter c'est pourquoi j'insérerais ici des témoignages et des documents d'époque afin que vous puissiez mieux comprendre. Cependant il faut s'imprégner de l'idée que le déroulement de cette tragédie va se jouer entre le 17 septembre et le 18 octobre 1950.

Lorsque j'arrive à Deo Cat au fortin ruiné Galliéni, vers 11h, le 15 octobre 2008, je suis, dans mon esprit, dans la période qui se situe entre le 11 et 17 octobre 1950. Alors mon témoignage actuel se fera à rebours par rapport à la chronologie des évènements, au fur et à mesure de mes déplacements: voilà expliqué, reçu, retenu, compris par vous tous, je présume…

A présent je peux annoncer la couleur en plantant le décor: la fin annoncée du 3°BCCP défilé de Déo Cat. (carte,témoignage et document d'époque) .

Après avoir restitué la scène je me dirige maintenant vers That Khé pour franchir le pont sur le Song Ky Cong. Ce pont protégé par un poste (photo actuelle, prise du pont, de l'emplacement du poste… à présent la végétation est dense) qui résiste mais ne peut empêcher l'adversaire d'en faire sauter la travée centrale dans la nuit du 9 au 10 octobre 1950, retardant l'évacuation de la place de That Khé les troupes devant franchir le fleuve au moyen d'embarcations légères. (photos d'époque et actuelles du pont que je franchis le 15 octobre 2008 avant midi + témoignage d'époque)

Un pont de remplacement avait été construit en attendant la réfection de l'ancien j'y suis allé musarder avant d'aller visiter un mémorial vietminh situé sur une ancienne position ennemie au Nord-est de That Khé et au dessus du fleuve (photos mémorial Viet). Sur le pont de remplacement j'ai même salué quelques Bo doïs sympa sur «leur blindé équipé et armé d'orgues de Staline».

Au Pk 67 il me reste 5 kms à couvrir pour rejoindre That khé hardiment,  «illico,prompto », j'ai soif et j'ai faim et j'ai l'intention de prendre une journée de repos dans ce lieu historique. Je me soigne ! donc à demain…

Jeudi 16 octobre, repos à That Khe. Pas de temps à perdre car le temps c'est de l'argent, j'ai envie de devenir riche dans ma mémoire et faire fructifier le tout. Qui a dit ne pas aimer les riches ? Je dois me hâter de bien vivre et penser que chaque pas, chaque jour, sont à eux seuls une vie, une détermination pour aller à la rencontre de l'histoire sans omettre de revenir à la réalité. Tout est précieux. Alors vite debout, la douche, le petit déjeuner à la viet, la préparation du programme du jour : trouver la petite église, rechercher l'emplacement de la citadelle, visiter le marché sans oublier les plaisirs du bien vivre…

That khe c'est d'abord sa petite église que je finis par trouver en demandant aux premières personnes que je rencontre tout en joignant les mains et en me signant pour mieux me faire comprendre. Là voilà !

Cette église encore debout est le souvenir d'une époque tragique mais hélas elle ne restera pas en place très longtemps. Nos anciens, toujours debout, ne la trouveront plus ici lorsqu'ils viendront en pèlerinage. Elle aura disparue supplantée par une nouvelle plus moderne et plus cossue (photos That Khe nouvelle église). J'ai fait la connaissance du curé (à droite sur la photo) qui dirige la paroisse, nous avons parlé de cela mais aussi de ce que représentait cette église pour les combattants français de la RC 4 blessés et prisonniers du vietminh pendant la tragédie d'octobre 1950. Cette église a servi d'infirmerie mais aussi de geole provisoire avant la longue marche et l'internement vers les camps de la mort lente. Mon frère Marcel Passelande y a passé une nuit, accompagnant les souffrances, les gémissements des blessés et des mourants avant de rejoindre ce camp N°5 dont nous reparlerons bientôt.

...

J'ai la ferme intention de repasser par ici dans un avenir proche mais je ne reverrais plus cette église du souvenir, elle aura disparu…

La veille, en quittant le pont de That Khe, je laissais derrière moi le Song Ky Kong pour longer, en direction de la ville, le Song Bac Khe son affluent (photos Song Bac Khe) . La citadelle se trouvait le long de ce fleuve mais il n'en reste plus rien, remplacée par des zones de cultures et les nombreuses habitations qui jalonnent la ville vers sa sortie en direction de Dong Khe (photo emplacement approximatif présumé) .

Mais revenons un peu en arrière : « Nous sommes le 6 octobre 1950 à 21h alors que la situation des colonnes Charton et Le Page apparaît déjà critique» (That Khe situation les 6 et 8 octobre 1950) .

A présent abandonnons un peu cette période tragique pour nous remonter le moral et en venir à la réalité. Une bonne bière chinoise fraîche, se doit d'être savourée avec des amis avec qui l'on peut discuter et se documenter.

...

La chaleur est palpable, la bière est savoureuse, ne manque pas de retour : une pour la poussière, une pour la soif, une pour déguster et le tout avec la bénédiction de la Vierge. « Sainte Marie pleine de grâce, pardonnez nos offenses ! omettez d'avoir des yeux sous la table pour dénombrer les cadavres sans oublier de nous bénir…pour l'éternité ».

Après avoir déjeuné, une sieste… vite interrompue car l'on frappe à la porte de la chambre de cette petite auberge que j'ai déniché hier après information, dans le langage local bien évidemment…Je suis invité par la «can sat» police à présenter mon «hô chiêu» passeport. Je suis accueilli dans la salle à manger du «nhà nghi» auberge par deux vietnamiens souriants, en grande tenue portant casquette seyante à étoile rouge, lesquels m'invitent à m'asseoir et boire en leur compagnie un thé vert qu'il me serve avec dextérité et force gentillesse. L'examen du document est approfondi, aucun problème, tout est en règle ce qui me vaut une deuxième tournée de thé vert et les amitiés de mes policiers à qui je montre ma carte et mon circuit dans la province, les invitant même à m'accompagner s'ils le désirent : rires, poignées de mains, salutations, le tour est joué et la sieste sérieusement écourtée. Vite les toilettes ! le thé vert étant un puissant diurétique…

A présent j'ai tout mon temps pour musarder dans That Khe, le marché d'abord, prendre des photos des saines occupations de la population (That Khe le marché 1à 8) . J'immortalise petits et grands dans ma boite à clichés (That Khé saines occupations) .

Dieu que les journées passent vite lorsque l'on vagabonde dans cet univers étonnant, mais ce 16 septembre 1950 l'étonnement allait être tout autre, les braises couvaient prêtes à embraser l'environnement, les forces en présence se tenaient prêtes à intervenir, dans les meilleures conditions le jugeait-on… (That Khe carte des forces en présence sur la RC 4) .Là dessus moi après mon dîner et ma bière chinoise, je cours dans mon lit douillet à l'abri des moustiques et des rats. A demain une rude journée se prépare…

 

Vendredi 17 octobre 5 ème tableau de la tragédie : DONG KHE

VERS DONG-KHE

Ne sursautez plus à la sonnerie de mon réveil ! chaque jour le scénario est identique. Je suis levé à la même heure, les préparatifs sont immuables, seule la destination diffère. Les sentiers battus n'offrent guère de richesse mais les autres en sont plein. Il n'y a rien de plus précieux que de pouvoir satisfaire sa soif de découverte historique et héroïque tout au long de cette RC 4. Cela convient à mon bonheur du jour.

L'histoire est le déroulement d'une trame d'éternité sous des yeux temporels et transitoires. Aujourd'hui je vais pouvoir fixer mes yeux en point de mire sur les 25 kms d'une route chargée d'histoire et rejoindre Dong Khe.

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Avant tout, voici la description globale de ces 25 kms. Après la plaine lacustre de That Khe la RC 4 aborde à nouveau la montagne, elle passe le pont Bascou, tablier de 10 mètres de long, puis pénètre en région très accidentée. La route monte jusqu'au col de Lung Phai, 8 kms sinueux et en corniche, encadrée à droite par un ravin profond et, au-delà, un massif calcaire pratiquement inaccessible alors qu'à gauche des hauteurs abruptes dont les sommets atteignent plus de 700 mètres la dominent, couverte de jungle, de hautes herbes et de broussailles qui viennent border la route. La descente qui suit le col (alt.600 m), toute aussi sinueuse, est une succession de défilés boisés. Elle débouche dans l'étroite plaine de Na Pa (autre poste sur l'emplacement d'un fortin Galliéni), puis emprunte le  «boulevard de la 73/2» dont je vous donnerai plus tard des précisions, avant d'atteindre la petite cuvette de Dong Khe.

C'est parti, le sac est à dos et je quitte That Khe direction le pont Bascou à 5kms : devant moi un marcheur courageux transporte un pneu  « tout neuf» sur son épaule gauche, une caisse à outils à sa main droite…

...

Une action ne se conçoit pas sans responsables, sans chefs, aussi il m'est important de vous présenter ceux qui occupaient le terrain, ci-dessus, avec une poignée de braves pour contrer un adversaire supérieur en nombre :

Seul, le Colonel Constans donnait ses ordres depuis son bureau de Lang Son, probablement inconscient d'un désastre annoncé…car pour lui la manœuvre devait se poursuivre telle qu'elle avait été définie une fois pour toutes sur le papier.

Car les Viets étaient là et ils ne faisaient pas mystère de leur présence :  «la nuit précédente, tabors et légionnaires ont pu les apercevoir, descendant des montagnes, se glissant par les vallées à la lueur des torches de bambou, un gigantesque fleuve aux mille bras qui se croisaient, se recoupaient, convergeant inexorablement en direction de Dong Khe et ses collines qui surplombent la citadelle, combien sont-ils ? Personne ne le sait exactement, mais les estimations les plus optimistes avancent le chiffre de cinq régiments à quatre bataillons chacun, vingt bataillons au total. Vingt cinq mille Bodoïs…»

Et moi, «la fleur au fusil», je m'approche du fameux pont Bascou qui se présentait ainsi qu'il suit sur la photo en 2003 :

Voilà comment je l'ai trouvé (photos Dong Khe pont Bascou le 17 octobre 2008 à 7h30) . Le 17 octobre le pont est toujours là, bien mal en point, à droite d'un nouveau pont construit après 2003 dont l'appellation est : «câu Bong Lau». Et bien mes amis le pont  «Caû» Bascou, Bong Lau pour les Viets, que vous voyez sur mes photos du 17 octobre n'existait plus lorsque j'y suis repassé en bus local le samedi 3 janvier 2009 à 8h15 et ça c'est un «scoop» ! Il avait disparu…démoli complet, volatilisé suivant un tour de passe-passe démoniaque, visiblement y avait eu ici  «un truc pas possible»… et bien si possible ! seul restait le nouveau situé à gauche de l'ancien (revoir les photos)…Je suis heureux d'avoir pu vérifier cela et sans lunettes…Encore un souvenir disparu comme doit l'être probablement, à présent, la petite église de That Khe ??? Mais je peux vous assurer que j'irais vérifier et «contrôler» tout cela d'ici peu…j'en ai bigrement besoin pour me remonter le moral en partant le plus vite possible à l'aventure.

Le pont Bascou était à proximité du poste dit du «pont Bascou». Ce poste était sous responsabilité de la place de That Khe et alimenté en personnel par le 1/3°REI- 4 ème Cie- qui fournissait aussi en personnels les postes du Song Ky Kong au Sud de That Khe et de Ben Me au Nord-est du pont Bascou (voir carte des forces en présence sur la RC 4 le 16 septembre 1950). Le pont en 1950 était entouré de barbelés et surveillé depuis les proches hauteurs sud de la cote 703. Lorsque les hommes du Capitaine Cazaux, du 3°BCCP, empruntèrent la piste qui grimpe à 703 pour porter secours aux rescapés du «groupement Bayard» le pont avait subit des dommages mais le poste était tenu, encore…plus pour longtemps ! A l'endroit précis où se trouvait le poste se trouve une ferme vietnamienne d'où l'on aperçoit le départ de la piste qui mène à 703, (photo Dong Khe du pont Bascou vers 703) la photo est prise du nouveau pont Bong Lau (ex pont Bascou). C'est par cette piste que le Capitaine Cazaux avec le 3°BCCP est monté à la recherche du «groupement Rose»(Capitaine Labaume) qu'il ne trouvera pas…ce dernier ayant pris un autre itinéraire plus à l'Ouest et en contrebas de 703. La crête vers 703 est orientée Sud-Nord vers Dong Khe suivant en parallèle la RC 4 située en contrebas. Une photo que j'ai prise montre la RC 4 bien goudronnée en direction du col de Lung Phai et l'on aperçoit au fond la cote 703. (photo Dong Khe RC4 vers col Lung Phai-au fond 703)

Ci-dessus le panorama de la crête qui mène à 703, en contrebas à droite la RC 4 vers le col de Lung Phai.

Sur ce panorama qui n'est autre qu'une photographie aérienne d'époque, l'on aperçoit la cote 608, une des positions de recueil du «groupement Rose», le Capitaine Labaume du 3°REI parti de That Khe le 6 octobre.

Le 1°octobre à 8h le 1°BEP est sur 703 où l'on laisse le 3 ème goum du 11° Tabor, mais nous en reparlerons.

Rappelons que le Capitaine Cazaux du 3°BCCP largué sur That Khe le 8 octobre ne soupçonne pas que Rose est sur 608 sur la crête du Khau Pia au Nord-ouest, il le croit sur 703 où il pense faire la jonction avec lui. Mon frère, radio télégraphiste du Groupement léger aéroporté, qui rentre de l'opération «Phoque» toujours active et montée en diversion sur Thai Nguyen et la RC 3, est réquisitionné pour partir avec le 3°BCCP. Il est inséré à la Cie Loth du 1°BEP, intégrée en renfort du 3°, saute sur That Khe le 8 octobre avec son matériel en gaine, le sourire et le poste radio 694. (photos ci-dessous). Et vous dans vos méninges avez-vous réussi à intégrer ces dates…!? sans oublier l'appellation exacte des unités qui intègrent cette «poignée de braves»…lesquelles seront englouties dans la tourmente…

...

En quittant le pont Bascou, je ne manque pas d'aller saluer le propriétaire de la ferme à l'endroit précis où se trouvait le poste, en faisant la photo d'un occupant des lieux.

Maintenant il faut se farcir Lung Phai…et là nous sommes bien le 17 octobre 2008, 8h précisément. Je marche seul sur cette RC 4 où le silence est pesant, à présent goudronnée, toujours aussi montante, en excellent état (revoir ma photo). Mes regards balayent le ravin profond à ma droite repère les côtes 669 et 683, les hauteurs abruptes sur ma gauche, le massif calcaire inaccessible en face. Au bout de 4 km je cherche et trouve sur ma gauche la fameuse source d'eau claire, là où les convois s'arrêtaient pour que les personnels puissent se ravitailler en eau lorsqu'ils n'étaient pas pris à parti par les tirs adverses (les «taco et tactac- tacatac» fusaient des abords des cotes 669 et 683). Moi papilles sèches, zéro stress, je m'y suis désaltéré, rafraîchi le visage et mouillé le chapeau de brousse que vous voyez sur le rebord de la vasque de pierre, tout en ayant une pensée pour tous les anciens qui ont étanché leur soif ici…un endroit mythique où le sang mêlé a coulé.

LA SOURCE D'EAU CLAIRE DE LUNG-PHAI

Après la source il y a un coude à droite, curieusement sur les pentes abruptes de 703 situé 100m en contre haut, à ma gauche, se trouve une petite plantation de maïs : cela ne doit pas être facile pour le semer le travailler et le ramasser. A la main …évidemment !! pas avec les pieds…là, moi je commence à avoir des échauffements. Ah le goudron Viet de Lung Phai ! On fera avec, comme les vietnamiens avec le maïs …et ce sera pas simple. Tiens ! devant moi un comparse avec les pieds et les jambes pousse difficilement, le nez dans le guidon, son vélo chargé d'un lourd sac de jute… du riz peut-être ?, car la pente est rude et «m'est avis» que je vais le doubler, arc-bouté sous le poids de mon sac, alors que j'arrive juste au col de Lung Phai altitude 600m. Je le salue, il remonte sur son destrier, esquisse un sourire bridé de soulagement mêlé de curiosité, me quitte sans coup férir, debout sur les pédales et dévale la pente descendante « par le boulevard de la 73/2» tout en se rasseyant avec prestance sur la selle. Pfft !!!  disparu…et moi j'observe et visite les alentours du col en soufflant un peu. Bien m'en prend, il y en a des choses ici, je pose mon sac et prends mon appareil photo : Ouf ! tout en buvant avec délectation l'eau de la source d'eau claire et bien fraîche mise précieusement et fort à propos, pour la route, dans ma bouteille plastique. Maintenant regardez bien cette photo d'époque :

Elle n'est pas très belle mais elle parle pour justifier d'abord ce que j'ai dit plus haut. La source d'eau claire se trouve à gauche juste avant le coude de la RC 4 qui part à droite au croisement avec le thalweg qui plonge dans le ravin. A partir du coude et 25 m au-dessus se trouve maintenant la culture de maïs qui a attiré mon regard, attisé ma curiosité et mis en évidence mon brin d'humour 58 années après les évènements. Le col se trouve 2 km plus haut.

C'est sur ces pentes que fut inhumé, par le Vietminh, le chef de bataillon Segrétain commandant le 1°BEP. Blessé gravement lors de l'embuscade meurtière de la vallée de Quang Liet à Coc Xa il fut transporté par les Viets à Dong Khé où il mourra le 10 Octobre 1950. Les Viets lui aurait rendu les honneurs militaires avant de procéder à son inhumation ici. La végétation était plus fournie à l'époque «un véritable merdier», zéro maïs, mais beaucoup de broussaille comparativement à la journée de mon passage le 17 octobre 2008.

Et maintenant mes photos à découvrir au col de Lung Phai : l'emplacement de l'ancien poste ruiné, le pied de 703, le mémorial au pied du massif calcaire inaccessible où les Viets ont soigneusement mis en évidence sur une plaque leur acharnement, leurs embuscades, leur victoire décisive à Dong Khe et notre tragédie sur la RC 4 entre Cao Bang et Lang Son. Vous pouvez traduire sur la plaque photographiée de près. (mes photos Dong Khe col de Lung Phai)

Et en suivant voici le vaste panorama que vous allez découvrir avec moi jusqu'au pied du Na Keo. Ici la grande bataille est enclenchée sur 6 kms entre le 1 et le 3 Octobre 1950 d'abord : boulevard de la 73/2, Na Moc, Na Ngaum, Napa, Na Keo sans oublier Coc Xa et la vallée de Quang Liet pour plus tard et le feu d'artifice final et sanglant annonçant l'anéantissement du groupement Bayard (Colonne Le Page) et de la colonne Charton.

Et en résumé voilà ce qu'il se passe sur le terrain des hostilités sur cette carte simple et imagée :

Avant de vous lâcher dans la fournaise, un peu de lecture de documents pour mieux comprendre : Chaussez vos lunettes !

Et d'abord 2 opérations sont mises simultanément en place, sur le papier, par le Colonel Constans dans son bureau de Lang Son (voir la photo des chefs) :

1-opération «  Thérèse » commandement lt-colonel Le Page (groupement Bayard)

2-opération «  Tiznit » évacuation place de Cao Bang commandement Lt-colonel Charton(colonne Charton)

Pour l'instant je ne dévoile que le document concernant le déroulement de l'opération «Thérèse» si vous le voulez bien : (carte de situation et déroulement du 30 septembre au 2 octobre 1950) à laquelle viennent s'ajouter (documents concernant les ordres pour l'opération Thérèse).

Et maintenant suivez moi depuis le col de Lung Phai, je poursuis ma marche vers Dong Khe le 17 octobre 2008 c'est tout simple…et il est 10h30. J'ai marché 12 kms en musardant et il m'en reste 13 pour atteindre Dong Khe. Je ne suis pas pressé dans 3 ou 4h j'y serais. J'aurais même le temps, je pense, de «m'envoyer derrière la cravate» une bonne bière chinoise si possible fraîche, si j'en trouve…, la source d'eau claire c'est bien, la bière c'est mieux et pouvoir le faire est d'enfer pour se reconstituer une santé de fer…fabuleux slogan pour «faire ce que voudras», Rabelais ne m'aurait pas démenti et Bourvil non plus d'ailleurs. Ne rêvons pas trop, il faut y aller «dare-dare» et dévaler le boulevard de la 73/2 sac au dos et durement sur ses jambes, comme l'a fait tout à l'heure notre cycliste vietnamien avec son sac de riz sur son vélo «tout neuf» mais sur sa selle et tout en douceur.

Le boulevard de la 73/2, parlons en ! : cette partie de la RC 4 est nommée ainsi par le corps expéditionnaire, du nom de l'unité du génie qui effectua les travaux et qui était chargé de son entretien. C'est dans ce secteur que les viets tendirent la gigantesque embuscade qui devait anéantir le 11 ème Tabor, dans la nuit du 3 au 4 octobre 1950, pendant le transport d'une centaine de blessés à Lung Phai… «Ce tronçon de fâcheuse réputation est rendu presque impraticable par de très nombreuses coupures. Il est dominé sur la droite par des calcaires de vingt à trente mètres de hauteur, creusés de grottes et de cavernes naturelles, couverts de cette végétation où il est aussi difficile de circuler qu'aisé de se camoufler ; un ruisseau coule à gauche de la route, au pied de pitons touffus. Les hautes branches des arbres énormes se rejoignent au-dessus de nous et la végétation est si dense, si feuillue que l'on marche ou roule dans une obscurité verdâtre, un tunnel de verdure…» (voir la photo aérienne, panorama du secteur et la photo ci-dessous d'où l'on aperçoit la cote 703 en remontant de Dong Khe vers le col de Lung Phai) :

 

Quand je vous disais que cette journée du 17 octobre 2008 serait rude…(ce n'est pas le webmaster qui me démentira) et ce n'est pas fini… Moi je me repose sur le bord de la route et pose mon sac.

Je poursuis mon chemin sur le côté gauche de la route. Derrière moi le bruit d'une voiture qui roule lentement et s'arrête à ma hauteur. C'est une grosse limousine noire à vitres fumées et j'aperçois un petit fanion frappé de l'étoile rouge sur l'aile avant gauche. La vitre côté conducteur s'ouvre, actionnée électriquement je suppose et j'aperçois un vietnamien jeune, souriant, dents blanches, haleine fraîche «super dentifrice  colgate », élégant de sa personne, qui m'interpelle dans une langue impeccable à la Somerset Maugham :  «where are you go ?». Interloqué je lui réponds non moins impeccablement dans la langue de Dickens : «I'm going to Dong Khe» en prenant soin d'ajouter dans la langue de l'oncle Ho «Tôi Phap». Il a bien compris et me répond dans la langue de Molière. J'en reste «baba» j'vous le dis et il me propose de me déposer à Dong Khe…oui !!! Pris de cours je lui explique que je préfère y aller à pied pour prendre des photos et de brandir mon «Lumix performant». Dépité mais sans se départir de son sourire carnassier il poursuit sa route. En regardant la limousine s'éloigner je me dis que j'ai raté le coche, que j'aurais finalement dû accepter car cela aurait pu être une bonne opération de communication avec un spécimen plutôt sympa et cultivé de la «nomenklatura». Mais il fallait aussi que je puisse témoigner correctement de mon passage dans ce site historique avec photos à l'appui. Je pense qu'il ne devait pas être un personnage très important pour s'intéresser tant à moi…seulement attiré par le volume de mon sac ? possible !... Il fait très chaud, je commence à souffrir un peu, surtout de la soif et je m'imagine absorbant une bière fraîche qui passerait comme une lettre à la poste sans pour autant demander l'aide du «p'tit facteur», pour la distribuer ça je m'en charge…

Je suis toujours dans le «boulevard de la 73/2» et je peux apercevoir le Na Moc et le Na Ngaum, où sera massacré le 8 ème RTM le 2 octobre à 17h, avant de déboucher dans la plaine de Na Pa mais je n'arrive pas à situer exactement le poste (ancien fortin ruiné Galliéni) où le PC Bayard s'est implanté le 2 octobre. Il y a par ici beaucoup de rizières et je peux prendre quelques clichés pittoresques des lieux, de la culture, ramassage, mise en bottes et séchage du riz, com comme on dit ici, avant qu'il ne soit battu et réduit en grains. Allez on traîne un petit peu pour savourer tant de douceur, de savoir faire, de dextérité ! (Dong Khé-scènes culture du riz plaine de Na Pa-) .

Na Pa, je pense que je vais m'éterniser un peu ici. Enfin ! je viens d'apercevoir la kha nhà de mon ami Dinh Vàn Qnang c'est son nom. Il habite là depuis fort longtemps à Axuân Thanban plaine de Na Pa, il parle encore un peu le Français et il se rappelle encore cette terrible bataille de la RC 4, beaucoup de morts et de blessés me dit-il. Il m'en raconte quelques bribes mais c'est un « taiseux » il ne m'en dira guère plus il préfère faire diligence pour calmer ma soif et oui il en a !!!, et de la chinoise, vous pouvez le constater à l'impressionnant alignement. En ce qui me concerne deux me suffiront juste le temps de faire plus ample connaissance avec lui, sa femme, ses petits enfants. Très sympa il m'a laissé son adresse et j'ai pu lui expédier cette photo en espérant qu'il puisse la recevoir :

Je dois le quitter lui et sa famille pour me diriger vers le pied du Na Kéo en laissant à regret ma chaise vide et ma bouteille itou, objet de l'étanchement d'une soif légitime.

Regardez bien la photo aérienne précédente ! : Le Na Khéo domine la RC 4 du haut de ses 650 mètres. Vu d'avion, ce piton calcaire ressemble à une main tranchée net au ras du poignet. A l'ouest, une falaise à pic striée de corniches étroites. A l'est, les doigts qui s'enfoncent entre des ravins touffus descendant en pente douce vers la jungle, le dédale des vallées qui se perdent au loin, vers la Chine toute proche. C'est ainsi que je l'ai vu, lui, à mon passage le 17 Octobre 2008 à 13h, noté sur mon carnet de route, je m'y croyais comme si je déambulais dans une autre vie …celle d'un enfer vécu par mes anciens sur ce terrifiant Na Khéo :

« Ho Chu Tich, muon nam ! (mille ans de vie au président Ho!), les fusils crachent, les FM débitent chargeurs sur chargeurs, les grenades explosent, assaillants et défenseurs crient. On se bat maintenant au couteau, au poignard, à la pelle pioche… ». Je vous propose de lire le témoignage d'un sous-officier du 5 ème Goum du 11 e Tabor : (Dong Khé témoignage attaque VM sur le Na Khéo)

J'aperçois l'entrée du village de Dong Khe, la route est défoncée, alors que la poussière s'incruste sur mes vêtements et sur ma peau en sueur, je déchiffre un panneau à la gloire de l'oncle Ho, où l'on propose aux touristes (je pense être le seul…) de visiter le site historique de la glorieuse campagne Vietminh année 1950… :

...

Dong Khe est…année 2008, un paisible village (photos actuelles de Dong Khe village) avec une rue principale et centrale avec son marché qui se situe à l'emplacement de l'ancien «quartier du Bouchet». Le village s'est considérablement construit et agrandi avec toujours sa citadelle au dessus à droite, emplacement indiqué par ce bandeau très parlant : le vietminh s'y installe à partir de cette date…

Et moi je vais m'installer ici pendant 2 jours le week end des 18 et 19 octobre 2008 après avoir déniché un pied à terre à la sortie du village en direction de Cao Bang. Mais avant je vous propose une visite des lieux et alentours avec ce panorama aérien époque 1950.

Je vous annonce par avance mon programme pour les 2 jours à venir :

18 octobre ascension du piton Montmartre, visite de la citadelle et des alentours, déplacement sur la piste Ho Chi Minh sur une distance de 20 kms en direction de Ta Lung…

19 octobre déplacement vers Coc Xa…retour à Dong Khe après 25 kms de balade sans combat…

Ce programme sera agrémenté de photos actuelles et de l'historique d'époque , tout sur Dong Khé comme si vous y étiez à nouveau ou comme moi qui viens de m'y installer… ou alors comme vous en y allant dans un avenir proche…

 

A suivre …….. voir chapitre suivant Le Grand Nord Est (deuxième partie)

 

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