Témoignage et récit d'une ballade de quatre mois au Vietnam

LE TOUR DU TONKIN A PIED EN 2008-2009 PAR GUY PASSELANDE

AFIN DE RENDRE HOMMAGE A DES ANCIENS QUI LE VALENT BIEN

Je n'ai pas de "nègre" sous la main et pour repartir d'une "bonne plume" je vais me transcender et vous citer pour la circonstance l'adage d'un moine et poète japonais :  "il n'y a rien de plus facile à dire ni de plus difficile à faire que de lâcher prise".

Donc me revoilà, après une longue absence, depuis ce 22 octobre 2008 où je m'apprêtais à quitter Quang Uyen, le camp n°5 de Na Pheo et madame Nong Thi Bay, toute sa famille, qui m'avait accueilli pendant 2 jours. Je présente à ces amis là mes remerciements appuyés, mais je reviendrais…ici.

A l'occasion tout en rejoignant Cao Bang je me suis mis à rêver dans un paysage d'estampes asiatiques, montagnes en forme d'animaux magiques, lacets de la route, chapeaux pointus à bord de paysans perdus dans les rizières, buffles, kha Ngia précaires, fils électriques en faible altitude, le tout faisant naître dans mon esprit adulte un projet de folie enfantine. Comme si je possédais un VELO dans ma tête…

Vous m'avez bien compris, je change de programme car de celui de 2008/2009 avec mes pieds et mes jambes je passe coquinement à la vitesse supérieure sur un VELO compagnon d'un projet 2010, conçu sur la route de Quang Uyen – Cao Bang où le cheminement, venait d'un coup se dégager et le soleil se mettre à fouiner pour faire claquer le vert des rizières sur des kilomètres à la ronde d'une aventure telle que je l'ai imaginée et que j'ai le plaisir à vous présenter.

Ainsi mes amis le décor est planté et la ronde du vélo est faite pour tourner la tête. Avoir un vélo malin dans sa tête voilà bien là une merveilleuse psychose !

Demandez le programme !

La présentation se fera sous forme d'un jeu de piste historique, celui d'un VELO et son destrier avec des photos réalisées en2008/2009 avec des jambes. Il y aura aussi des cartes et documents d'époque.

Le chapitre : "autour d'un monde au bout du monde". Le plan du chapitre sera présenté en quatre parties :

-N°1

NORD VIETNAM à l'Est

Le delta et le sanctuaire HANOÏ-HAÏPHONG

La route coloniale n°4 de MONCAY à BAOLAC

NORD VIETNAM à l'Ouest

Le pays THAÏ, Nhia Lo, Tu Le, Pho Lu, Laï chau

La cuvette de Dien Bien Phu, la position Isabelle et la frontière du Laos

La région de Son La et le camp retranché de Na San

-N°2

VIETNAM CENTRE ANNAM

La route Ho chi minh (Vinh Môc, rivière Bên Haî, pont Hiên Luong 17 ème parallèle, Quang Tri et camp retranché de Khe Sanh)

Les hauts plateaux annamitiques lieux de la bataille et de la fin du groupement mobile(GM 100-Kontum, Pleiku , camp retranché d'An Khe)

La ville de DALAT érigée par les français

-N°3

VIETNAM COCHINCHINE

Saïgon, delta du mékong, plaine des joncs

-N°4

LAOS

A la recherche d'un ancien poste français plaine des jarres région Xiang Khouang suivant les indications d'un ami et grand ancien qui a occupé ce poste dès 1947.

 

UN VELO-autour d'un monde au bout du monde-

 

NORD VIETNAM-Est-

Le delta et le sanctuaire HANOÏ-HAÏPHONG

- un lac en pleine ville, une zone de rêve, comme un parc protégé, sinon par les lois, du moins par les usages. A mesure qu'Hanoï s'est développée, qu'année après année la circulation s'est accrue, transformant la petite ville au charme suranné en un centre urbain, à mesure qu'Hanoï a cessé d'être une capitale sillonnée uniquement de vélos conduits par des jeunes filles en habit traditionnel et chapeaux coniques, le lac Hoan Kiem, lui, a gagné son statut de bout du monde au coin de la rue : (photos lac Hoan Kiem 1 à 6)

C'est à l'un de ces coins de rue que LE VELO à l'élégante présentation, seyant d'allure après un voyage de 13 heures en soute d'avion, prendra son départ pour la ronde d'un monde au bout du monde et revenir ici, dans la rue d'un bout d'avenue, certainement moins pimpant, à l'issue d'une durée indéterminée mais évaluée bien sûre à la grâce de son dieu : le "Dieu Velo"

Tout à l'honneur il se fera admirer aux coins des rues, sous les clins d'œil malicieux d' "yeux revolvers" bridés riants et papillonnants, de ses "amies" vélos : (photos les vélos d'Hanoï 1 à 6) . De rues en rues, de bouts d'avenues en fin de boulevard le pittoresque gracieux sera présent : (photos pittoresques Hanoï 1 à 6)

A partir de septembre 2010, à une date encore imprécise, le vélo se devra de rouler à un rythme évalué à une moyenne de 100 kms jour. Il verra progressivement s'estomper le lac Hoan Kiem pour emprunter la rue Lé Laï et le square qui la borde pour rejoindre l'avenue Tran Khanh Du puis un long boulevard encombré de deux roues à moteur pour épouser la direction de Phu Ly-Ninh Binh. A Phu Ly le vélo empruntera la direction de Nam Dinh et Thai Binh les hauts lieux de la bataille du Day remportée par le Roi Jean (De lattre de Tassigny)

En 1951 (année de victoires sur le Viet minh), après l'évacuation désastreuse de la RC 4 (octobre-novembre 1950) cette région, celle du delta du fleuve rouge, était considérée comme un sanctuaire celui de Hanoï-Haïphong, Haïphong où passera le vélo avant de rejoindre Hon Gay, Vat Chay (siège des commandos du nord vietnam), Cam Pha et la RC4 route coloniale n°4 allant de Moncay (frontière de Chine) à Baolac.

En attendant les aventures futures d'un vélo dans cette région précise et jusqu'à l'ultime étape de la ronde infernale sinon éprouvante mais oh combien motivante ! voir émouvante donc passionnante, le destrier vous livre deux documents d'époque concernant l'année De Lattre. Que des victoires ! : Vinh Yen, Le Day, Hoa Binh… Le Roi Jean était un "GRAND CHEF". (documents le testament d'Hoa Binh) et (Ninh Binh 28 mai 1951)

Et bien voilà !, le vélo déjà rêveur, qui avant d'avoir roulé est déjà plongé dans un nouveau vécu, vous accompagne par anticipation sur des chemins chargés d'histoire, notre patrimoine…, merci le vélo ! et son jeu de piste historique…indochinois et français. Il n'est pas chauvin le vélo, il apprécie la diversité…, sur sa structure regardez bien !, il porte la cocarde aux trois couleurs et noblesse oblige il aura la bienséance d'accepter l'étoile rouge, ainsi il fait déjà revivre, sans rancune, pour notre cocardier orgueil ce "certain souffle d'aventure" que d'autres qui se disent intelligents et malins ont l'indécence d'oublier.

LA ROUTE COLONIALE 4 de MONCAY à BAOLAC

"cahin-caha, de ci de là", lentement en fredonnant, à une date toujours aussi imprécise de septembre 2010 le vélo roulera pour croiser peut être ?, à la seconde précise de cette date fortuite mais quasi certaine… un copain de ce type en attente :

Sans doute le destrier pour l'heure, sentira à des riens, à la manière de se poser questions et exclamations, à la façon rêveuse de regarder la machine et les bagages de l'individu, que ce dernier avait certainement songé, lui aussi, à mettre les voiles mais où ? avec cet attirail ! : Pourquoi pas la route coloniale n° 4, lui aussi ! ? Il n'en était pas loin non plus à cette heure… pour y faire commerce…malin, malin et demi !

La RC 4 (route coloniale N° 4) était en 1950 une route étroite et empierrée serpentant péniblement entre les montagnes calcaires et boisées, les pics inaccessibles et truffés de grottes, les défilés coupe-gorge et les précipices souvent noyés dans un crachin tenace. Actuellement, tous les aménagements n'ont en rien modifié la topographie toujours aussi tourmentée, la végétation impénétrable, le violent contraste du soleil et des ombres. C'est toujours et encore cet aspect angoissant, sentant partout une présence invisible, insaisissable, préparant l'embuscade meurtrière…les anciens se souviennent eux.

Cette RC 4, bien connue entre Tien Yen et Cao Bang, chemine effectivement entre Moncay (frontière de Chine) et Baolac (entre Nguyen Binh et Ha Giang)

-Ce légionnaire à Moncay observe la frontière chinoise. Tout est calme. Pourvu que ça dure ! Devant lui un emplacement de tir avec un FM 24/29.

Cette carte fait apparaître la RC 4 de Moncay (signet rose) à Baolac qui laisse Sud Ouest les RC 3 et 3bis et passe par Nguyen Binh.

La RC 4 est très accidentée et le vélo aura à franchir de nombreux cols, plus ou moins trapus pour les anciens qui connaissent bien et que le destrier a déjà franchi à pied avec ses jambes en octobre 2008 : cols de Keo Co, Loc Binh (croisement piste Chi Ma-ancien poste) faux col de Lung Vai (croisement route Bi Nhi-ancien poste) col de Lung Phai, col de Nguom Kim entre Dong Khe et Cao Bang. Toute cette route est historique et vous pouvez relire les récits voir les photos et consulter les documents poignants parus sur le site (chapitre grand Nord Est). Tout a été dit déjà sur cette tragédie, cornélienne ou racinienne au choix, mais à la grecque… cependant il faut tout de même livrer un "scoop" à des amis vététistes qui aiment se mettre debout sur les pédales le dimanche en slalomant entre les obstacles d'une piste montante et malaisée. Il s'agit d'un extrait du journal Sud-Ouest Dimanche…justement.

L'on sait à présent ce qui est arrivé ce lundi 1 er mars 2010 jour où un vététiste qui n'a pas les moyens de "se payer un nègre" se transforme en mauvais chroniqueur "puant la sueur". Vive le vélo !

Entre Cao Bang et Ha Giang ce sera l'inconnu pour le vélo et son destrier. Ils en tremblent déjà…mais heureusement quelques bonnes bières chinoises ne seront pas de trop pour déstresser et huiler les machines : "driver" un max, the rolling beast n'acceptant pas cette marque. Ici je ne faute pas car il est parfois judicieux de "baragouiner" du Shakespeare car attention au permis à point…I'm very funny it's not ? Pffff !!! Mais il vaut mieux connaître aussi quelque soupçon basique de viet : "xin chao toy phap",  "bonjour je suis français" ce qui est un minimum avec vélo qui arbore la cocarde.

A Cao Bang, «la ville du colonel Charton», longé par le fleuve Song Bang Giang il y avait ce dimanche du 4 janvier 2009 un vieux pont métallique, un pêcheur, un marché, pas de mosquée… mais une église alors française, celle de 1950 et une crèche avec le divin enfant né il y avait quelques jours. Par anticipation le destrier vous transmets les photos que vous ne possédez pas… (photos Cao Bang 1 à 10)

C'était la RC 4 historique avec les noms de ces fameuses bornes qui résonnaient alors chez les anciens comme les stations d'un chemin de croix : (bornes RC 4, 1 à 6)

 

VIETNAM-Ouest-

LE PAYS THAÏ - NGHIA-LO, TU-LE, PHO-LU, LAÏCHAU

"il a le maillot, il a le maillot, le maillot bouton d'or…le maillot jaune…aune".

Impertinent le vélo, encore fort aise avec son allure de carnaval dans un ciel d'azur à cette date toujours imprécise, encense Marcel Amont car il connaît ses classiques.

Alors tout le monde se presse, à Ha Giang dans une rue du bout d'un monde en folie, la foule "cyclopède" crie BRAVOOO !!! :

De Ha Giang, le vélo à petite allure à coiffé son képi blanc. Il a prévu de rejoindre Tuyen Quang via Lang Cay : "au tonkin la légion étrangère à Tuyen Quang illustra notre drapeau" vous connaissez tous la musique. De là il faut rouler sur Yen Bay ancien fief vietminh. Dieu aime voir jouer un vélo qui "vire et volte", adore, bien  "drivé", flairer la piste qu'il empruntera, le jour qu'il décidera…, une piste "garce et cruelle" des années De Lattre et Salan (1951-1952). En ces années de gloire la situation "grosso modo" se présentait telle le croquis :

Et le poste de Nghia Lo en vue aérienne était ainsi :

La photo de droite représente le poste bas relié au poste haut (non représenté) par un réseau de barbelés

Alors voici l'historique du destrier, scrupuleusement décortiqué ci-dessous : cela lui servira en temps utile.

Après cette bataille et victoire dite de la rivière noire en 1951/1952, le vélo très intéressé, continuera sa progression vers Tu Le pour faire parler l'histoire:

Allez demandez le programme de l'évènement !

Là encore un croquis puis une séquence photos noyée dans une carte d'époque et enfin un témoignage :

Et bien mes amis cyclistes, le vaillant vélo et son fier destrier sont heureux que vous appréciez…peut être ?,… ce jeu de piste mais le vélo n'est-il pas lui aussi un sport de combat ?

La « belle mémoire » impose une identité qui ne peut se forger qu'avec un passé historique… reconnu n'en déplaise aux grincheux de tous poils, pardon mais c'est d'actualité.

Le vélo va rouler sur Pho Lu puis Sapa avant de rejoindre Laïchau…en brandissant fièrement le drapeau d'où il vient.

Pas chauvin le vélo…mais fier ! non mais !!! Et le Dieu vélo apprécie. Merci beaucoup mes amis :  "cam on" en vietnamien.

 

Coucou c'est le vélo ! J'ai jeté cette toute petite chose qu'on appelle «moi» et je suis devenu "le vélo" autour d'un monde immense…dans un petit bout de vie. La vie c'est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre.

Et bien le vélo, ce héros…à la fière allure, va avancer vers Pho lu avant d'atteindre Sapa puis Laïchau.

Avec un vélo comme celui là tout est dans la tête du bipède qui actionne les pédales : le rythme est fonction de la position sur la selle, du tangage, du prochain arrêt pour savourer la bière fraîche et se délecter d'une soupe à la thaï. En fait la distance à parcourir est incompressible comme l'air dans une pompe, où le temps se mesure au rythme de croisière d'un optimal tour de pédalier fonction de la vitesse d'un bolide flâneur qui se met en quête d'une mémoire historique. Ouf !!!

Pho lu est une petite ville encaissée au milieu de rizières et de monts alentours à la végétation luxuriante. Il y avait ici en 1948 un poste français tenu à cette période par le Capitaine Bigeard. Fin 1949 le 3°BCCP a eu ici une mauvaise surprise lors d'une opération où le Capitaine Cazaux qui commandait le bataillon a eu quelque problème… (Voir le récit de la triste et glorieuse destinée du Capitaine Cazaux et de son bataillon lors de la bataille de la RC 4…chapitre grand Nord-Est document sort des prisonniers).

De Pho Lu via Binh Lu le vélo va prendre la direction de Sapa petite station climatique fondée par les français en 1922. Chapa en français a d'abord été un site militaire en 1915 (sanatorium et station météorologique) avant d'être une station climatique : quelques villas coloniales, l'église française, un monument sur la place centrale, une usine hydroélectrique construite par les français située à proximité du petit village hmong de Cat Cat témoignent encore de cette époque. (photos vestiges français de Sapa 1à12)

A Sapa ou Chapa il faut visiter l'église où à proximité se trouvent les deux pierres tombales du dernier curé de la ville et de son évêque, le marché, admirer les ethnies de la région notamment les hmongs avec leurs habits colorés, chatoyants, ravissants et curieux, le tout sans oublier de goûter le vin de Sapa…modérément le destrier, alors sur ses jambes en novembre/décembre 2008 et "droit dans ses bottes" a apprécié, hmmmm !!! (photos ethnies de Sapa 1à8)

Et encore, si vous êtes quelqu'un de passionné, comme le destrier du vélo en équilibre sur ses "cannes", ne manquez surtout pas de faire l'ascension du toit de l'Indochine, le Fansipan 3143 m, en faisant attention lors de la descente de ne pas buter sur une racine de bambou …pour éviter entre autre le mal aux "guibolles" aux genoux et à la colonne lombaire. (photos fansipan 1à12)

Il neige parfois à Sapa et il vaut mieux avoir des vêtements chauds et un duvet.

Quant au vélo il fera en sorte de se mettre à l'abri pour éviter la mésaventure de ces deux copains là :

De Sapa le vélo va revenir à Binh Lu pour monter vers Phong Thô. Debout sur les pédales, on grimpe, on grimpe : pédaler, c'est l'art de l'anti-moteur, c'est vivre, dans ce petit bout de vie au bout du monde, un rapport réel, sensuel et désinstrumentalisé à l'espace. Rouler ou l'art de pédaler c'est tout simplement un éloge à la pentitude, à la plainitude, à la plénitude, «à la bravitude», à l'aube du seul vrai voyage : la mort sinon une bière fraîche…Car ici la végétation devient de plus en plus rare, montagnes pelées, paysage quasi minéral d'une beauté sobre, presque plus de villages. Un silence extraordinaire si ce n'est celle des roues et des crissements de frein car la descente vers Laïchau est infernale.

Laïchau a connu d'âpres combats, évacuée en novembre 1950 puis de nouveau en décembre 1953. Ici aucun touriste, le destrier fera figure d'extra terrestre et le vélo sans nul doute, vu son carénage, sera l'objet d'une vive curiosité. A terme Laïchau est condamnée. Les graves inondations de l'été 1996 ont décidé de son sort et toutes les administrations transférées à Dien Bien Phu qui est devenue la capitale administrative de la région. La ville de Laïchau est destinée à être engloutie elle s'appellera à l'avenir Tam Duong du nom du village voisin auquel elle a été rattachée. Elle se limite pour le moment à une longue rue principale sans intérêt. Autour de la ville ancienne, située dans une cuvette avec des théiers à perte de vue, il excite des Thaïs noirs, blancs ou rouges qui se distinguent par la couleur des ornements des femmes.

Un vélo de ce type, sûrement plus présentable, traversera la vieille ville, connue des anciens, si elle n'est pas déjà inondée…

E n 1953 la ville se présentait comme dans ce document d'époque et elle n'a guère changée sinon proliférée quant au nombre de ses habitants :

En 1953 Laïchau est évacuée et les français vont occuper Dien Bien Phu après "l'opération castor"

Le destrier y va aussi à la date toujours imprécise de septembre/octobre 2010, foncer pour réussir une "opération vélo" baptisée "autour d'un monde au bout du monde"…avec un réel espoir de retour, bien que malade car "trop en forme".

 

DIEN BIEN PHU la position Isabelle et la frontière du Laos

De Laïchau, par la piste Pavie, le vélo rejoindra la cuvette maudite via Huoi Leng, Muong Lay, Ban Na Pheo et Muong Muon. Cette piste Pavie se présentait ainsi en 1953 :

Pour y avoir cheminé, par beau temps, à pied le 8 novembre 2008 j'affirme qu'elle n'a pas beaucoup changé et je me souviens de ce groupe de paysans Thaï arpentant le layon dénudé en forte pente montante, juste en face, en direction de Muong Tong vers le Laos. La piste Pavie actuellement goudronnée mais passablement défoncée présente la même largeur sur une distance de 100 kms depuis Laïchau avant d'arriver à Dien Bien Phu. Auguste Pavie, commissaire général du haut Laos en 1895, allait "à la conquête des cœurs". Surnommé le "chef à la grande barbe" cet ancien postier des PTT entreprend et mène à bien des explorations du Cambodge au Tonkin entre le Siam, la chaîne annamitique et le fleuve Mékong de 1879 à 1895. Voici quelques mots écrits de sa main :

Etablir et réparer sans cesse une ligne télégraphique à travers la jungle, n'est ce pas pour un Pavie se préparer à tisser et à renouer sans cesse le fil fin, quasi imperceptible, qui à force de patience couvrira d'un réseau serré d'explorations toute l'Indochine et fera communiquer les hommes entre eux… Pardonnez-moi mais ce gars là en avait dans le pantalon ! A cette époque le France télécom de l'Indochine française c'était du solide : zéro stress, zéro problème…, l'honneur pour bréviaire et le devoir pour litanie. Il convenait qu'un cyclonaute rende hommage au postier à la grande barbe et reprenne à son compte et à la pédale, la tête dans le guidon, les mots tonifiants d'Auguste Pavie en utilisant les « zéros » pour les comparer aux deux roues du vélo. Le pédaleur aux grandes oreilles et longues guibolles avait une tête fêlée à coups de pédales. Mais Dieu appréciait qu'un de ses enfants joue avec une bicyclette et des tas de vélos d'une allure amusante empruntée à une « vélocithèque » du cru pour faire revivre la belle mémoire dans la roue d'un monde devenu bizarre. Nous étions bien en 2010…

Le cyclonaute, dans son délire cyclonique et vélocipédique, aurait aimé souffler encore deux mots à ces bicyclettes là remisées à l'abri de la tempête qui allaient se déchaîner dans la cuvette le 13 mars 1954.

Le 20 novembre 1953 c'est l'opération "Castor" sur Dien Bien Phu avec l'installation de la base aéroterrestre de la zone nord-ouest (GONO), groupement opérationnel de la zone nord-ouest.

AMBIANCE ! :

Il y avait de l'espoir…et voilà ce qu'un pédaleur aux fesses meurtries suite à une position inconfortable, suant vraisemblablement à grosses gouttes, écrasant de ses pieds gonflés des manivelles devenues aussi lourdes qu'une quille de bateau, n'aura pas le loisir de voir du haut de sa selle car "tout corps placé sur une selle de vélo voit son regard modifié". A une date imprécise de 2010 lorsqu'il atteindra enfin Dien Bien Phu le cheminement du vélo depuis Hanoï, sera bien celui souligné en rouge sur cette carte.

...

Depuis cette photo vue du ciel, quatre jours plus tard les paras étaient largués sur "la cuvette". Depuis 4 années, le tournant avertisseur de 1950 et le désastre de la RC 4, le corps expéditionnaire en était arrivé à occuper au nord-ouest, la cuvette de Dien Bien Phu pour affronter le corps de bataille vietminh.

Arrivé pédestrement ce dimanche 9 novembre 2008, car c'est à pied que vous apprenez le plus, j'étais au ras du sol au même niveau que les vietnamiens et dans l'impossibilité de les regarder de haut. J'ai vu une agglomération importante qui n'existait pas à l'époque. Le lendemain après une nuit de repos j'ai pu faire la reconnaissance des lieux. Où était la cuvette ? C'était en fait un immense plateau d'une quinzaine de kilomètres sur six les premiers contreforts sérieux se situant à 1200m au nord et entre 1500 et 2000 m à l'est et à l'ouest. Les positions françaises au 13 mars 1954, jour du déclenchement des hostilités, me sont apparues comme des chiures de mouches. Voici le croquis des lieux :

...

"la plupart des hommes ont un moment dans leur vie où ils peuvent faire de grandes choses, c'est celui où rien ne leur semble impossible".

Est-t'il utile de refaire la bataille ? Décemment non…Il est certainement préférable de se recueillir ici :

Et aussi d'aller voir le char BAZEILLES, valeureux combattant, sur la position Eliane 2…

Pour qu' "au nom de Dieu vive la coloniale !"

Il y a aussi à voir le pont Bailey sur la Nam youn, le PC GONO et une de ses 4 salles OPS, l'emplacement de la position Claudine actuellement noyé dans les théiers. (photos 1 à 4)

Et puis aussi la position Eliane 2 reconstituée, des vestiges, des tranchées, des chars, des canons, des débris d'avions abattus… (photos 1 à 10)

Avec le vélo aller ailleurs sera encore meilleur en suivant la piste Pavie au sud ou la RP 41 pour rejoindre la position Isabelle et la frontière du Laos.

...

Et ce sera la fin ici à Dien Bien Phu : un combat pour l'impossible.

Nulle fin pour le vélo, il ira encore ailleurs…

 

VERS SON LA, NA SAN, HANOÏ...

"La bicyclette est le moyen de transport le plus civilisé connu de l'homme, les autres formes de transport deviennent chaque jour plus cauchemardesque. Seule la bicyclette reste pure au cœur" écrivit Iris Murdoch. En vous en bouchant un coin, j'enfonce le clou car le vélo autour de son monde contient juste un peu d'air dans ses pneus et un peu de mystère du premier âge pour transporter son destrier de borne en borne kilométrique à une date imprécise mais certaine de septembre/octobre 2010 entre Dien Bien Phu et Hanoï via Son La et le camp retranché de Na San.

Circulons il y a tout à voir et se mouvoir c'est s'émouvoir. Le jeu de piste ici consiste à bien tenir le guidon, sans boussole ni GPS en déposant sa lourdeur de mortel sur un engin ailé, quasi immortel, permettant de décoller les pieds et les pensées du sol. "Allez zou !" c'est par la RP 41 et Tuan Giao puis la route coloniale RC 6 qu'il va falloir rejoindre Son La situé à 165 kms de la cuvette maudite. Vu les bornes !, il y a du "grain à moudre" au rythme des tours de pédalier du futur cyclovoyageur. Mais la route est aérienne sauvage et spectaculaire.

.

Son La, il y a à voir ici et par exemple le pénitencier. (photos pénitencier 1 à 12)

Ce pénitencier a été construit par les français en 1906. De nombreux révolutionnaires vietminh y furent prisonniers. Bombardées lors de la guerre américaine des cellules ont été détruites et actuellement en ruine (elles étaient censées être occupées par des pilotes américains abattus par le vietcong). Les hmong qui avaient collaboré avec les français furent emprisonnés eux aussi faisant l'objet d'une répression féroce. Comme quoi les révolutionnaires ne retiennent pas les leçons de l'histoire, infligeant à leur tour les cruautés qu'ils avaient subies : œil pour œil, dent pour dent hélas !

J'y étais le 13 novembre 2008 sans monture … mais en charmante compagnie.

Son La est une ville de 67000 hab. Ici il n'y a guère de touristes, on y parle peu le français et l'anglais. On avait remarqué que j'étais français alors j'ai été choyé. Et j'ai crié, crié…  "toy phap" : je suis français sur

un air connu. (voir les photos de Son La 1 à 14)

Ici j'ai même repéré déjà un sympathique réparateur de vélo mais…

Le vélo rejoindra Na San où existe toujours le fameux terrain d'aviation pour faire une pose ici, là où nous étions en novembre 1952.

Après cette pose et quelques photos j'évacuerais à mon tour pour rejoindre Hanoï à 250 kms et refermer cette page d'histoire.

Après une échappée belle au nord vietnam d'environ 3500 kms où le temps de l'histoire sera remonté je vais poser mes fesses à Hanoï pour nettoyer le vélo et allonger mon visa de 3 mois supplémentaires pour prendre le temps de repartir ailleurs en recentrant mes roues. C'était le nord à ne pas perdre mais vous le verrez l'aiguille ne manquera pas de m'y ramener…La planète me porte et le vélo me transporte pour rayonner, ignorer les frontières et la marche arrière.

 

Le temps venu de remettre en condition « UN VELO », prendre un peu de repos, redonner du gaz au visa, il y aura l'espace de quelques jours pour croiser à loisir la foule des cyclo- pousse d'Hanoï avant de reprendre le cheminement vers ailleurs…

Il faudra rouler par là : au centre.

 

A suivre… au chapitre suivant : Le Centre - Annan.

 

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