Témoignage et récit d'une ballade de quatre mois au Vietnam

UN VELO AUTOUR D'UN MONDE, AU BOUT DU MONDE

PAR GUY PASSELANDE

AFIN DE RENDRE HOMMAGE A DES ANCIENS QUI LE VALENT BIEN

VIETNAM-Sud-

COCHINCHINE-delta du mékong-  : de DALAT la route prendra la direction de BAO LÔC, THU DAU MÔT, pour rejoindre SAÏGON et s'immiscer jusqu'aux bouches du Mékong via MY THO et finalement CAN THO… Ici c'est la Cochinchine, alors en route !

Holà ! : si la route transporte les marchandises et l'homme elle transporte aussi le vélo. Voyager lentement c'est rencontrer rapidement : il faut faire commerce…avec la mémoire des hommes.

Plus on s'abaisse à la surface de la route et plus les deux bords fuient pour se rejoindre à l'infini. Bientôt sur mes roues, haut perché, je vais pouvoir, moi aussi, me frayer une route. A raison de presque une centaine de kilomètres par jour je vais tracer ma vie en presque une année de chevauchée entre 2010 et 2011, le but étant de faire revivre une belle mémoire celle de l'Indochine française. Mais on ne va jamais aussi loin et on ne se rencontre jamais autant que lorsqu'on va lentement et mû par ses propres forces.

A chacun son destin ou sa destination, ma route me charriera vers Saïgon.

Si vous le voulez bien, rapidement je vais vous faire visiter la Cochinchine (Saïgon et le delta du Mékong). Les photos sont plus explicites qu'un long discours.

Et d'abord :

1°- Saïgon la cathédrale Notre-Dame (Saïgon cathédrale photos 1 à 6 ). La cathédrale est l'un des monuments les plus typiquement "France profonde" de Saïgon. Construite en 1880 dans un style néo-roman on peut y découvrir à l'intérieur des vitraux dédiés à sainte Anne patronne de Bretagne. Les saints voisins et la Vierge croulent sous les ex-voto en marbre rédigés en français ("merci"). On y trouve saint Michel, patron des parachutistes, terrassant le dragon.

2°-Saïgon la poste centrale Buu Dien en vietnamien (Saïgon la poste photos 1 à 3). La poste est une des perles de l'architecture française à Saïgon. On dirait une gare ferroviaire ! Construite de 1886 à 1891 elle est supportée par une immense charpente métallique, œuvre de Gustave Eiffel. A l'époque française "l'oncle Ho" ne trônait pas dans le fond du bâtiment et dans l'entrée. Juste à droite existe un grand plan de Saïgon et de ses environs datant de 1892. A l'extérieur figurent les grands hommes de la nation française, bien évidemment…

3°-Saïgon nostalgique des années 1918-1925 (Saïgon nostalgie photos 1 à 8). J'ai réussi à me procurer ces photos on y trouve : la poste centrale, la cathédrale, le jardin zoologique, la célèbre rue Catina, le marché, le palais du gouverneur général, la route fluviale au dessus du pont de Cholon, le théâtre de la ville. Je n'ai pas trouvé la jonque de la chanson… : "dans les rues de Saïgon il est une jonque chinoise…dont nul ne connaît le nom…opium poison de rêve, fumée qui monte au ciel…oh toi qui nous emmène aux paradis artificiels…"…c'est ce qui s'appelle "visiter la terre jaune" de nos anciens. Nostalgie !, nostalgie…

4°-Saïgon (Le marché de cholon photo 1 à 3). On y trouve ce monument intéressant à déchiffrer : voir sur la photo en grossissement…

Cholon est le ventre et la marmite de Saïgon son nom signifie "grand marché". A l'époque française c'était aussi le quartier des plaisirs nocturnes où les Français, les commerçants, les baroudeurs et les soldats venaient s'encanailler : fumeries d'opium, maisons closes, tripots en tout genre, commerces louches et enfumés et puis le célèbre "parc à buffles". Nostalgie ! Nostalgie… Je vous ai fait "visiter la terre jaune…j'en suis pas plus fier pour ça".

Et enfin le delta du Mékong :

1°-(photos delta Mékong 1 à 8). Là il faut s'y promener et naviguer afin d'y découvrir les curiosités.

2°-(photos delta Mékong curiosités 1 à 8)

La route est cette matrice qui relie le voyageur à bicyclette à la vie, comme la corde l'est à l'alpiniste.

La route nous mène vers les hommes et parfois vers les dieux et le dieu VELO…aussi.

Le vélo poursuit sa route vers le Cambodge et le Laos….

 

CAMBODGE-LAOS-CHINE

INDOCHINE-Haut LAOS-à la recherche d'un poste perdu

Voilà la clé qui ouvrira la porte d'une vraie grande aventure bien flairée et sentie : trouver le poste perdu dans ce qui était alors la brousse d'Indochine entre 1946 et 1954 secteur haut-Laos. Le jeu de piste, par ce biais là, en vaut la chandelle et la motivation mémorielle est à la hauteur de ce défi dont les dénivelées ascendantes et montantes s'annoncent fort élevées et pentues même pour un VELO ailé : pédalier, « pédale-liée » avec les pieds ailés et calés d'un "vélocipédard" tirant sur le guidon pour arracher le poids de la machine à la terre indochinoise.

Si l'Indochine d'alors était sans frontière, de nos jours c'est la limite qui définit le franchissement, le dedans et le dehors, le local et l'étranger, le méconnu et l'étrange, le proche et le lointain, l'ici et l'au-delà, le passé et le présent, le demain et le lendemain…

Demain le "cyclonaute" sera dans l'avion avec le VELO démonté et en housse. Le lendemain sera bientôt du passé et déjà le "pédalard" s'apprêtera à quitter son présent futur : la Cochinchine et ce Vietnam qu'il reverra plus tard.

Le rêve finira par devenir réalité mais il faut déjà anticiper et bien viser la piste du jeu. Vu les cartes…les dés sont lancés sur la piste : "alea jacta". Depuis CAN THO, après avoir grenouillé dans le delta du Mékong, le VELO fera du rétropédalage sur SAÏGON pour remonter au Nord-Ouest via THU DAU MOT, TAY NINH, XA MATT (Bavet-Moc Bai). Ici la route, au fil du Mékong, annoncera la couleur de la nouvelle contrée et les douaniers cambodgiens essaieront de comprendre ce passeport français pour la première fois, évitant évidemment… de le lire à l'envers. J'aimerais tant que cet obstacle soit reposant et que la bénédiction à l'endroit serait « pédale-liée » à l'admiration d'un "dieu VELO" qui ferait autorité …mais !?

Un vélo, pas de GPS mais à l'ancienne, une carte fixée au guidon, un peu d'abnégation, un "cyclopède", à la pédale, tentera de faire mouliner l'histoire, sur le plateau et le pignon choisis,

pour traverser du sud-ouest au nord-ouest le Cambodge d'abord le Laos ensuite et gagner le prix de la montagne en s'octroyant le maillot à poix rouge au sommet du fameux poste perdu où flottaient jadis nos trois couleurs. Et d'abord un siècle d'histoire à la genèse et à la fin de la fabuleuse destinée de l'Indochine française au Cambodge et au Laos :

Deux destins parallèles, cent ans d'histoire, voici ci-dessus les dates clés de cette extraordinaire épopée… avec la France de ces deux nations d'Asie du Sud-est, faisant frontière avec le Vietnam, en pleine mutation au tournant de la mondialisation. Fermez le ban !

Alors visitons le Cambodge de la belle époque en premier et voyons exactement où cela se situe au sein de l'Indochine d'alors à la frontière de l'ancien royaume de Siam dont une partie constituera le Laos :

A la cravache il faudra alors faire galoper le destrier à la corde du Mékong, lui battre les flancs à la selle et la pédale pour qu'il s'ingénie à rouler dans la direction imposée : le nord à ne pas perdre. C'est ainsi qu'il suivra la voie dans cet univers du bout d'un monde : le guidon dans la route, les œillères dans la carte.

PHNOM PENH sera judicieusement évité et le VELO guidera jusqu'à la prochaine frontière : KAM SAMNOR – PREY VENG – SUONG – CHLONG – KRATIE – STUNG TRENG – DOM KRAMLOR - VEUN KHAM.

Vive le LAOS !, rebonjour les douaniers et encore un tampon en échange d'un sourire et un peu de monnaie avant de remonter le temps jadis toujours au Nord et un peu plus à l'Ouest pour essayer de passer la Chine, à l'endroit flairé :

J'insiste : un guidon bloqué dans le bon azimut, des yeux fixés au Nord, des pédales calées, des fesses décollées de la selle accompagneront le tangage et le roulis imposés à une monture courageuse sur des pentes certainement ardues pour se présenter enfin, suivant l'itinéraire choisi, dans cette région du haut Laos dans le secteur de Xieng Khouang proche de Phonsavan une ville nouvelle. Ici j'y serais…

Cela va un peu mieux…figurez vous que je me suis chopé une cruralgie tenace. Quasiment paralysé pendant deux longs mois j'ai été obligé de reprendre tout à zéro pour en revenir finalement à mon fameux proverbe japonais : « il n'y a rien de plus facile à dire ni de plus difficile à faire que de lâcher prise » et pourquoi pas !  « de l'audace encore de l'audace toujours de l'audace » aurait dit Danton.

Je m'estime donc toujours bon pour le service. Je confirme je prends le train le 2 septembre 2010 pour Paris et j'embarque dans l'avion pour Hanoï le 8 septembre de la même année avec le vélo évidemment. Je serais à Hanoï le 9 septembre à 12h15 locale pour cet « autour d'un monde au bout du monde »

Alors mes amis je peux avec le vélo poursuivre ce récit d'anticipation…

Imaginez !…je suis à XIENG KOUANG au sein de la fameuse « plaine des jarres » avec un vélo qui en a ras les cerceaux. Et moi donc ! : ce sont les quilles et certainement le reste…mais laissons place à la mémoire qui elle n'a nulle besoin d'imaginaire car elle éternelle.

Mais au fait connaissez-vous Xieng Khouang ? Non…et ben moi non plus c'est pour cela que je suis frétillant d'aise à la pensée de pouvoir visiter ce lieu historique de l'Indochine française.

Xieng Khouang j'en ai entendu parler en même temps que du fameux poste de MUONG NGANE par mon grand ancien Jean TALAMAS. D'ailleurs le voici sur cette photo à mes côtés, bon pied bon œil à 84 berges, les yeux pétillants de malice. Il en a connu des aventures, lui, dans cet endroit où le riz est une essentielle pitance et où des pruneaux peu comestibles pouvaient causer, à cette époque de braise, quelque malaise lorsque des "tromblons Viet-Minh" se mettaient à distiller les fruits d'acier et de mort dans cette région de la plaine des jarres, appelée alors province du "Tranninh". Muong Ngane était le fameux poste perdu que Jean occupait entre 1945 et 1948 et où flottaient encore fièrement nos trois couleurs.

Jean Talamas a ouvert et fermé la porte de la guerre d'Indochine en 3 séjours en passant au travers des pruneaux (1945-1948, 1951-1952, 1954-1956), je l'ai déjà dit lorsque j'ai parlé de cette savoureuse histoire de caisse de dynamite qui trainait à l'école des commandos du nord Vietnam à Vat- Chay, école commandée alors par le fameux Capitaine Legrand qui mérite bien que je cite son nom ici (voir le chapitre 1 du témoignage).

Je me suis beaucoup intéressé à ce poste du bout du monde, d'ailleurs c'est simple après m'en avoir conté

L'histoire Jean a bien voulu me fournir des documents sur cet endroit du haut Laos où le Viet-Minh venait y faire des siennes depuis l'Annam et la province de Vinh.

Ici avec le vélo je vais pouvoir fouiner. En attendant faites bonne lecture de ces nombreux documents…et en particulier de ce bouquin écrit par cet ancien officier toubib, Maurice GRONIER, qui apportait ses soins à tous les laotiens du côté de Xieng-Khouang province du Tranninh, avec les commandos dans la brousse d'Indochine.

Qu'est devenu Xieng-Khouang ? Le vélo vous en parlera peut être à son retour…en attendant parlons un peu du poste de Muong Ngane :

Ici où la France avait jadis planté son glorieux étendard servait Jean Talamas lisez et observez plutôt :

Alors qu'une colonne de secours venant de Xieng-Khouang s'apprêtait à venir dégager le poste assiégé Jean TALAMAS , une nuit noire de juin 1948, traverse la tranchée d'accès au poste envahie par les viets qui y ont pris position (voir le cliché plus haut à gauche). Sans se faire déceler il va à la rencontre de la colonne de secours pour lui servir de guide afin d'engager l'attaque : gonflé le bougre !

Vous savez maintenant tout du poste de Muong Ngane et moi rien alors le vélo ira musarder ici s'il n'a pas cassé ses roues…, c'est là il faut aller voir, le jeu en vaut la chandelle…

Si le jeu de piste s'avère fructueux alors je roulerais encore au Nord vers la frontière de Chine pour caracoler dans la province du Yunnan et plonger enfin vers le Nord Vietnam via le poste frontière de Lao Cay pour rejoindre Hanoï par Cho Ra, Cao Bang, Trallin, Ban Cra, Ta Lung, Quang Uyen, Langson…et "ça ne sera pas de la tarte".

En réalité Michel Sarthe tiendra ce site à jour afin que vous puissiez avoir quelques nouvelles du vélo.

Priez pour lui afin que son Dieu le garde en bon état de fonctionnement…

Quant à moi je me permets de dédier ce chapitre 2 au regretté général Bigeard dit "Bruno" élevé à Dieu le 18 juin dernier. A DIEN BIEN PHU j'aurais une pensée pour lui ici :

 

Après l'anticipation, enfin la réalité..., après l'imagination enfin l'authenticité…

Guy prend le train à Bayonne ce 2 septembre pour retrouver le vélo qui déjà l'attend à Paris. De là, avec son fidèle compagnon il prendra l'avion le 8 septembre à 12h30 pour arriver à Hanoï le lendemain Jeudi 9 septembre 2010 à 12h15 locale.

Et déjà, c'est bien normal…, la foule en délire prie pour que "le vélo" reste en parfait état de fonctionnement afin de porter au mieux assistance et bonheur à son généreux cavalier :

"y a des vélos de la haute zone

Qui se disent explorateurs

Qui ont visité la terre,

Du pôle Nord à l'équateur.

Lui l'vélo de la Coloniale,

Ses moyens lui permettent pas ça, ah,ah,ah, !!!

Il va visiter la terre jaune,

Et n'en sera pas plus fier pour ça "……….

La richesse n'apporte jamais le bonheur seul un vélo bien dans ses roues et un "pédalard" bien dans des méninges fêlées peut éventuellement faire "sauter la banque" : celle d'une belle histoire de France associée à une mémoire généreuse et éternelle. Ne l'oublions pas !

A suivre dans le chapitre 3

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