Témoignage et récit d'une ballade de quatre mois au Vietnam

LE TOUR DU TONKIN A PIED EN 2008-2009 PAR GUY PASSELANDE

AFIN DE RENDRE HOMMAGE A DES ANCIENS QUI LE VALENT BIEN

CHAPITRE PREMIER

LE NORD

La région Nord du vietnam,Bac bô pour les vietnamiens, correspond à ce que nous français appelions Tonkin avant octobre 1954 . Le Nord est composé de montagnes encaissées,creusées par les affluents du fleuve rouge . Au nord-ouest,la chaîne des Hoang Lien Son abrite le mont Fansipan point culminant et toit de l'Indochine ( 3143 m )

Hanoï est la capitale du Vietnam .

HANOÏ

Je suis arrivé à Hanoï le 2 octobre après 13h d'avion . Nos anciens mettaient 21 jours avec le paquebot Pasteur, ils ne savaient pas encore ce qui les attendait . Moi le lendemain, sac au dos, je partais vers Ninh Binh pour une extraordinaire balade .

Au fil de mon déplacement je suis revenu à Hanoï du 27 au 29 octobre,du 14 au 17 novembre,du 4 au 7 décembre,du 13 au 21 décembre, du 26 décembre au 2 janvier 2009, enfin du 7 au 18 janvier où j'ai quitté hélas le Vietnam pour revenir en France. J'ai donc eu tout mon temps pour apprécier Hanoï l'ensorceleuse et savourer sa douceur . Noyée dans la verdure, bercée par les lacs et les eaux du fleuve rouge Hanoï est un morceau de France élaboré pendant un siècle en extrême orient jusqu'en 1954 .

Ce 2 octobre en quittant en taxi l'aéroport de Noi baï, appelé autrefois Bac maï,la première chose qui a attiré mon œil et dilaté mes pupilles après 30 minutes de route c'est le fameux pont Doumer débaptisé et appelé Long Bien . Costaud celui là après toutes les misères subies ! Construit en 1898 par Gustave Eiffel il fut achevé et inauguré en 1902 par Paul Doumer alors gouverneur de l'Indochine . C'est l'une des cartes postales caractéristiques du paysage hanoïen .

Pont de 1682 m il fut l'unique ouvrage permettant de traverser le fleuve rouge jusqu'aux années 1980 . Il fut la cible des bombardements américains et en porte toujours les stigmates sur sa charpente métallique . On peut découvrir ce pont à pied . J'effectuais souvent l'aller-retour en faisant mon footing du matin lorsque j'étais à Hanoï . A pied cela me permettait de faire quelques photos insolites avant d'aller boire une bière après ce fameux pont . Car,en effet,le Long Bien vietnamien accessible aux deux-roues aux piétons et aux trains est un lieu marchand où l'on aime se montrer et poser pour des clichés étranges parfois coquins . Mais attention un train peut en cacher un autre… ! Je me suis métamorphosé ici et ailleurs en chasseur d'images fantastiques .

( photos pont Doumer 1-2-3-4 )

Un siècle de présence française a fait bénéficier Hanoï des bienfaits des cultures asiatique et européenne en apportant une contribution au physique et au caractère de la ville,lui donnant un visage et une personnalité uniques . Là réside le charme étrange,là est le mystère de Hanoï qui vous prend aux tripes…

Je l'ai ressenti tout de suite en me promenant dans les rues envahies par une circulation intense de deux-roues pétaradants accompagnés d'une symphonie de Klaxon . Attention les oreilles mais aussi attention les yeux… ! Emerveillé je le fus . Je ne faisais plus attention au vacarme en voyant autre chose…attention à toi !

Mais Dieu m'a préservé de la tentation et des deux-roues … Et pourtant j'aurais bien aimé y rester .

Les 5 grands lacs de la capitale étalent leurs eaux miroitantes au sein d'un écrin d'arbres centenaires . En plein cœur de la ville le petit lac ( Hoan Kiem signifiant épée restituée ) était le préféré de nos anciens qui aimaient s'y promener boire quelques bières dans les bars alentours et contempler les beautés .

Il fallait toute la douceur de Hanoï pour leur faire oublier leurs soucis,leurs fatigues,leurs blessures . Hanoï c'était le repos du guerrier . ( photos repos guerrier 1-2-3-4 ) . Nous étions en 1950,qui s'en souvient ?Allez dîtes moi !...

 

Au Vietnam tout s'anime à partir de 5h du matin .

Vite debout ! Il faut s'imprégner de l'ambiance . A 7h petit déjeuner cela s'impose : la soupe tonkinoise (pho) prise sur le bord du trottoir est de rigueur . Ensuite la balade autour du lac est essentielle pour se dégourdir les jambes . On découvre au fil des rencontres qui jalonnent la promenade, par exemple, des jeunes et personnes âgées faisant leurs exercices de maintien en forme sur les bords des rives de leur lac préféré . Les habitants de Hanoï ont l'habitude de s'y donner rendez-vous à l'heure de la sieste ou du coucher du soleil . Les ombrages des platanes,des chênes,des pins,des saules,des bambous ou des palmiers qui bordent les rives,décident de la préférence de chacun . En fait Hanoï est restée marquée par les habitudes héritées des Français . C'est surprenant ! (Photos Hanoï lac 1-2-3-4-5-6-7-8)

Les édifices sont tels qu'ils étaient à l'époque de l'Indochine. Le vieux quartier artisanal semble épargné par le temps tout comme la pagode du pilier unique, l'hôtel métropole, la rue Paul Bert(actuellement rue Trang Tien) et le théâtre municipal. L'Hanoï d'aujourd'hui (aujourd'hui-opéra, rue Paul Bert, la cathédrale St Joseph, le palais du gouverneur de l'Indochine) offre la possibilité de croiser le Vietnam d'hier. (Hier-hôtel métropole, opéra 1950)

J'ai également retrouvé l'endroit exact où a été mortellement blessé mon cousin Jean Passelande : le marché Cho Dong Xuan construit par les français . A gauche, sur la photo, a été érigé un monument commémorant les combats de décembre 1946 (photos marché CHO DONG XUAN). Ce marché a été brûlé en juillet 1994, il a été reconstruit avec la façade d'origine et offre un spectacle étonnant. L'intérieur et l'extérieur sont animés offrant un charme inattendu.

Il est maintenant grand temps de quitter Hanoï car je suis très pressé . Nous sommes le 3 octobre 2008 : direction le sud, le delta du fleuve rouge, vers Ninh-Binh…sac au dos ouf !!!

 

Ninh-Binh

Nous sommes le 23 Juin 1951,l'hebdomadaire PARIS MATCH n°118 paraît dans tous les kiosques de la République,dans l'hexagone et en Indochine :

Ce vendredi 3 octobre 2008 la bataille du Day a été gagné voilà maintenant 57 ans et moi je fonce sur Ninh Binh terme de ma 1ère étape avec un sac à dos de 20kgs; quelle horreur !

Je suis debout depuis 6h, il fait jour depuis 1/2h. Après un rapide petit déjeuner à la viet je suis prêt à quitter Hanoï. Il fait chaud et la moiteur de l'air est palpable ajoutée à une circulation intense .

Je ne connais pas encore très bien la ville qui est un vrai labyrinthe lorsque l'on est novice. Au secours les anciens !...

Après maintes tribulations je décide de faire appel à une motor bike (moto taxi) pour me mettre rapidement sur la bonne route .

Je marche depuis 9 h sur une route à 4 voies poussiéreuse à souhait soit une distance d'environ 40 kms. Je sais que la nuit va tomber à partir de 17h30 et je m'aperçois que je n'arriverai pas à trouver un endroit pour dormir ici. Je dois absolument atteindre Ninh Binh . J'ai remarqué qu'une noria de bus locaux circulent dans dans cette direction depuis ce matin. Sans complexe je lève le bras énergiquement et le bus se fige quelques mètres plus loin comme aspiré par mon geste vindicatif. Je n'ai pas le temps de réflèchir que mes épaules sont déjà libérées de ma charge suivi de quelques pas chancelants de mon libérateur qui doit se demander ce que je peux bien transporter . Je n'ai pas le temps d'annoncer Ninh Binh que déjà je me retrouve assis sur un petit tabouret que l'on vient de me mettre en place dans la travée centrale car le bus est fin bondé.…Heureusement le conducteur parle un peu l'anglais alors j'annonce la couleur avec un peu de viet p'tit nègre : I'm french , Xin chao , Toî là Phap . Ce qui veut dire bonjour je suis français en anglais comme en viet…Vous l'avez bien compris ! Evidemment tout le monde rigole de mon intonation en appréciant volontiers mon sourire et ma façon pour le moins comique de communiquer . J'exhibe mon bouquin du parfait routard le tend à mon conducteur de bus sympa tout en lui montrant le pied à terre hôtelier où je veux descendre : "no problem it's do" me répond t'il avec un large sourire bridé, alors je comprends que c'est dans les fouilles…Le préposé à l'encaissement s'avance, je sors ma bourse et lui lance sans accent : bao nhiêu ! Sa réponse se fait immédiate : muoi/ nghin/ngàn dongs et moi je règle sans sourciller vu que cela représente 50 cts d'euro . Allez dites moi que vous avez tous compris ! En ce qui me concerne je pense que je me suis démerdé comme un chef …

J'y suis mes amis, d'ailleurs j'ai envie de vous faire visiter mon pied à terre et ma chambre pour l'équivalent de 8 euros (photos ma nuit à Ninh-Binh) . Pas mal n'est ce pas ? mais il faut négocier en routard et non en touriste que je n'étais pas…

La ville de Ninh-Binh est construite autour de 2 grandes artères qui forment un "V" autour de la rivière Day, la voie principale relie Hanoï à Saïgon . Un panneau caractéristique a attiré mon regard .

Il n'existait pas en 1951 lorsque le Général de Lattre lançait la bataille du Day…

Le lendemain samedi 4 octobre je chevauchais à dos le destrier bleu que vous avez vu dans ma chambre, afin de caracoler vers le grand Nord-est. N'ayant pu en raison de mon empressement, bien reconnaître ces lieux historiques je suis donc revenu le 16 décembre . Sans anticiper je vous raconte :

Le 16 décembre 2008 donc , depuis Hanoï que je connais maintenant parfaitement , je me suis dirigé pédestrement vers la gare routière Lûong yen au sud de la ville pour y prendre un bus local vers Ninh-Binh. De là, durant 10 kms j'ai marché vers le village de Hoa Lu'. Le village n'a pas d'intérêt mais la campagne alentours vaut le détour. On y découvre de superbes paysages d'estampe chinoise, avec d'étranges pitons calcaires couverts d'un fouillis végétal, des monts rocheux aux formes découpées dominant de paisibles rizières où temples et pagodes, témoins émouvants de l'histoire vietnamienne, dorment pour l'éternité . (photos Hoa-Lu 1-2-3-4-5-6-7-8)

Depuis Hoa-Lu' j'ai pu louer un vtt pour rejoindre le site et les grottes de Tam Côc et ainsi repérer le rocher de Ninh-Binh où a été tué le Lt Bernard de Lattre …. Le destrier à 2 roues est un peu rouillé, les freins ne sont pas à disque et les patins sont minces mais cela devrait aller . Je me suis renseigné, je dois suivre une large piste pendant une vingtaine de kms et rejoindre Tam Côc jusqu'à l'embarcadère de Van Lâm et là rendre mon vtt à un endroit qui m'a été indiqué. Pour rejoindre Hanoï en fin de journée il y a des bus locaux c'est merveilleux !

C'est parti ! Je suis ma piste empierrée. Une ligne de pitons rocheux édentés et de pains de sucre aux formes déchiquetées, des sommets incertains enveloppés dans la brume humide, des rizières vertes et fertiles, des femmes courbées sous leurs chapeaux coniques, pieds nus dans la boue des champs, des haies de bambous séparant les hameaux comme des rideaux, quelques maisonnettes basses et pauvres coiffées de tuiles rouges usées, les toitures incurvées des temples et pagodes, le silence d'un paysage serein et immuable…percé seulement par le bruit des roues de mon vtt qui attaquent allègrement cette piste empierrée d'une Asie séculaire et éternelle bien paisible actuellement .

J'avais bien préparé mon affaire et lors de mon arrivée à Ninh-Binh le 3 octobre je m'étais documenté historiquement à mon hôtel pour trouver plus tard, si l'occasion se présentait, le fameux rocher de la bataille du Day . J'y étais enfin il était là, cliquez et regardez : (Photo rocher de Ninh-Binh à gauche) ici est mort le Lt de Lattre le 30 Mai 1951 . Voici le récit de la bataille :

Avec les photos en suivant :

Revenez sur la photo prise le 16 décembre 2008 et vous pouvez imaginer à gauche l'emplacement de la sentinelle (1) la pointe rocheuse à droite où allait de nouveau flotter le drapeau français . Nous étions le 31 Mai 1951…

Bien calé sur la selle de ma machine à pédales qui remonte le temps, je fais en sorte de revenir à la réalité. J'arrive finalement à l'embardère (photo embarcadère) de Van Lâm sur le site de Tam Côc. Nous sommes bien le 16 décembre 2008 il est 12h30 précise, j'abandonne à regret ma machine à remonter le temps. Maintenant je vais prendre un bateau ou plutôt une barque actionnée par une rameuse à pédales…

Des rameurs (essentiellement des rameuses…hmmmm !) rament de façon traditionnelle, avec leurs pieds. Parfois, rivières et rizières inondées se confondent et donnent l'impression de naviguer sur une véritable mer. De gros troupeaux de canards batifolent (photos canards 1 et 2) et les cabris gambadent à flanc de rocher. La barque où j'ai pris place est actionnée de pied de maître par la charmante personne que vous voyez comme si vous y étiez (miracle de la technique…), c'est le moyen de transport unique des gens qui habitent le coin. Juste avant d'arriver à la 1ère grotte, vers les palmiers, (photo palmiers) une grande cavité abritait un hôpital vietcong pendant la guerre contre les Américains. Elles servirent bien sûr de caches au vietminh pendant notre terrible guerre d'Indochine. La rivière se faufile sous trois grottes très basses et on y retrouve une certaine sérénité temporelle mais attention les bo-doïs ne sont pas loin… (photo bo doïs) . Mais pardonnez mon imagination fertile, je suis en plein dans mon sujet…aussi je suis persuadé que personne ne m'en voudra. Parfois,on croise des slogans vietminhs affichés sur la pierre (photo slogan viet)  .

Maintenant je vous laisse découvrir ce superbe paysage en photos.(photos Tam Côc 1à8).

A présent le viet vous salue…, la chauffeuse lui a bien réchauffé l'esprit… (photos Guy )

Vite j'ai le bus qui m'attend pour rejoindre Hanoï ! Ah ! mon esprit fertile à remonter le temps me remet dans la droite ligne de mon récit pour revenir finalement à la matinée chaude et lourde du 4 octobre 2008. Là on change le chapitre pour un embarquement à pied, sac à dos vers le grand Nord-Est …en avant vous n'êtes pas au bout de vos peines de lecteurs assidus……… !!!

 

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